{"id":25,"date":"2008-01-18T19:12:04","date_gmt":"2008-01-18T19:12:04","guid":{"rendered":"http:\/\/drone-zone.org\/lyon2013\/blog\/?p=25"},"modified":"2009-06-18T13:52:18","modified_gmt":"2009-06-18T13:52:18","slug":"retrospective-la-tradition-de-lennui-culturel-lyonnais","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/drone-zone.org\/lyon2013\/blog\/?p=25","title":{"rendered":"R\u00e9trospective : la tradition de l&rsquo;ennui culturel lyonnais"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;annonce r\u00e9cente de diverses <a href=\"http:\/\/drone-zone.org\/lyon2013\/blog\/?p=24\">fermetures de lieux culturels<\/a> lyonnais pour des raisons s\u00e9curitaires (harc\u00e8lement policier et judiciaire) me remet en m\u00e9moire un texte que j&rsquo;avais \u00e9crit en 2003 et qui d\u00e9non\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 les m\u00eames probl\u00e8mes, r\u00e9currents semble-t-il dans notre petite bourgade provinciale coinc\u00e9 entre deux ruisseaux et qui tente de se faire passer pour une ville de culture. Mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, je n&rsquo;avais rencontr\u00e9 chez les z&rsquo;acteurs culculturels lyonnais, aujourd&rsquo;hui en col\u00e8re, qu&rsquo;incompr\u00e9hension : j&rsquo;\u00e9tais \u00ab\u00a0carricatural\u00a0\u00bb, para\u00eet-il&#8230;<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment (en 2007), lors d&rsquo;une pol\u00e9mique, j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9 dans Lyon Capitale par l&rsquo;adjoint \u00e0 la culture de la sus-dite bourgade qui \u00e9tait fort m\u00e9content qu&rsquo;on ne reconnaisse pas son g\u00e9nie, pour les m\u00eames raisons. On peut retrouver la pol\u00e9mique en cliquouillant <a href=\"http:\/\/www.drone-zone.org\/drone\/polemique-a-propos-de-culture-et-de-musiques-actuelles-dans-lyon-cap.html\">ici<\/a>.<\/p>\n<p>Il semble que les derniers \u00e9v\u00e9nements me donnent raison, ce qui n&rsquo;est pas forc\u00e9ment r\u00e9jouissant&#8230;<\/p>\n<p>Voyons donc ce qu&rsquo;il en est, r\u00e9trospectivement, \u00e0 partir d&rsquo;un simple copi\u00e9-coll\u00e9 de mon site musical, la dr\u00f6ne-Zone :<\/p>\n<h3><a href=\"http:\/\/drone-zone.org\/drone\/des-nuits-silencieuses-au-festival-des-nuits-sonores\/\"><span><em><span class=\"content\"><em>Dossier sur les politiques culturelles en mati\u00e8re de musique \u00e9lectronique dans quelques unes des riantes cit\u00e9s de nos voisins fran\u00e7ais. Le cas du d\u00e9sert culturel lyonnais.<\/em><\/span><\/em><\/span><\/a><\/h3>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\">Ici Lyon, dormez en paix braves gens ! La mar\u00e9chauss\u00e9e veille sur vos          nuits ! <\/span><\/p>\n<p><span class=\"content\"> <\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\">Le quartier des pentes (1er arrondissement) n&rsquo;aura plus rien \u00e0 craindre des sauvageons de l&rsquo;alternatif et autres agit\u00e9s du bocal : plusieurs lieux connus pour leurs activit\u00e9s hautement subversives (diffusion de musique \u00e9lectronique) viennent en effet d&rsquo;\u00e9coper d&rsquo;une fermeture administrative. Silence impos\u00e9 au Melting Pop, o\u00f9 la plainte d&rsquo;un voisin m\u00e9content du bruit a suffit \u00e0 faire fermer d\u00e9finitivement ce bar pourtant fort sympathique. Silence \u00e9galement au Monde \u00e0 l&rsquo;Envers, haut lieu de la culture electro lyonnaise o\u00f9 j&rsquo;ai eu le plaisir de jouer : il a suffit qu&rsquo;une personne un peu \u00e9m\u00e9ch\u00e9e soit arr\u00eat\u00e9e par la police sur la voie publique et d\u00e9clare \u00ab\u00a0je viens du Monde \u00e0 l&rsquo;Envers\u00a0\u00bb pour que la rude main du sh\u00e9riff s&rsquo;abatte sur l&rsquo;\u00e9paule du patron et qu&rsquo;on lui intime l&rsquo;ordre de fermer ses portes. Le Bistroy, situ\u00e9 \u00e0 deux pas du Monde \u00e0 l&rsquo;Envers, est \u00e9galement sur la sellette. Le quartier des Pentes vient d&rsquo;\u00eatre class\u00e9 au patrimoine mondial de l&rsquo;Unesco : il suscite donc, sans doute, de nouveaux app\u00e9tits dans le secteur de l&rsquo;immobilier et va plonger dans une nuit de calme et de volupt\u00e9 propice aux investissements d&rsquo;une client\u00e8le bon chic bon genre, celle de la gauche caviar frileuse et de la droite r\u00e9actionnaire que la mairie tient \u00e0 s\u00e9curiser. Eh oui, la \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas seulement un concept import\u00e9 des USA par les <em>spin doctors<\/em> des \u00e9tats majors de nos partis politiques de droite, c&rsquo;est aussi le cheval de bataille de la gauche bien pensante depuis les lois Mariani r\u00e9dig\u00e9es sous le gouvernement socialiste\u2026 <\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\">La Pr\u00e9fecture du Rh\u00f4ne impose donc un ordre s\u00e9curitaire et un silence de mort au 1er arrondissement, sans que cela \u00e9meuve outre mesure la mairie socialiste, celle-ci ayant refus\u00e9 de participer \u00e0 conf\u00e9rence de presse organis\u00e9e par les tenanciers des \u00e9tablissements ferm\u00e9s. C&rsquo;\u00e9tait le 27.03.03, et j&rsquo;ai eu le plaisir d&rsquo;y assister : \u00e0 la volont\u00e9 de dialogue affirm\u00e9e (et pratiqu\u00e9e) par les acteurs culturels, la mairie et la pr\u00e9fecture ont r\u00e9pondu par le plus grand m\u00e9pris, celui qui consiste \u00e0 dire \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb sans argumenter. Belle conception du rapport \u00e0 la chose publique\u2026 Les patrons de bars ont, depuis, r\u00e9agit publiquement, mais tout semble bloqu\u00e9 (cf. <a href=\"http:\/\/www.lyoncapitale.fr\/ArchivesLyonCapitale\/2003\/actu-420-5.html\" target=\"_blank\">article          de Lyon Capitale<\/a>). On notera au passage que cette situation est loin d&rsquo;\u00eatre une sp\u00e9cificit\u00e9 lyonnaise, puisque de nombreux lieux subissent le m\u00eame sort en France (\u00e0 Lille, \u00e0 Marseille et \u00e0 Paris). Et c&rsquo;est encore pire si l&rsquo;on pense \u00e0 toutes les raves parties dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;obtenir une autorisation pr\u00e9fectorale, aux saisies de mat\u00e9riel de son lors des free-parties, etc. : c&rsquo;est bien l&rsquo;ensemble de la culture vivante et alternative de ce pays qui est vis\u00e9e et dont on souhaite la destruction. <\/span><\/p>\n<p><span class=\"content\"><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\">Mais au moment m\u00eame o\u00f9 le silence complice de la mairie accompagne l&rsquo;action de la pr\u00e9fecture, que voit-on appara\u00eetre \u00e0 Lyon ? Un festival de musique \u00e9lectronique ! Car Lyon se doit d&rsquo;\u00eatre une ville branch\u00e9e, v\u00e9ritable capitale culturelle internationale, haut-lieu de l&rsquo;engagement du politique dans la vie de la cit\u00e9 ! Quoi de mieux, en r\u00e9alit\u00e9, qu&rsquo;un gros festival de prestige, un \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nement culturel\u00a0\u00bb, pour faire croire au bon peuple qu&rsquo;il est au centre des attentions de ses \u00e9lus ? Il s&rsquo;agit du tr\u00e8s controvers\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.nuits-sonores.com\/\" target=\"_blank\">Festival des Nuits          Sonores<\/a> dont l&rsquo;association qui en est \u00e0 l&rsquo;initiative (Arty Farty) a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;une coquette subvention de 278 000 \u20ac (sources : <a href=\"http:\/\/www.lyon.fr\/static\/pdf\/200302\/delib\/20032215.pdf\" target=\"_blank\">compte          rendu du conseil municipal<\/a>). <\/span><\/p>\n<p><span class=\"content\"><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\">L&rsquo;analyse de divers comptes-rendus du conseil municipal de la Ville de Lyon fait appara\u00eetre \u00e0 quel point les budgets de la culture sont destin\u00e9s \u00e0 un nombre r\u00e9duit d&rsquo;associations. On y trouve, \u00e9troitement m\u00eal\u00e9s, des enjeux commerciaux et des enjeux d&rsquo;image : il faut montrer que Lyon est une capitale culturelle, quitte \u00e0 inventer une culture locale \u00e0 laquelle, par ailleurs, on d\u00e9nie toute possibilit\u00e9 d&rsquo;existence en fermant tous ses lieux d&rsquo;expression. <\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\">Bien entendu, il se trouve toujours des petits malins pour se mettre sous les robinets \u00e0 finances. Ces petits malins ont particip\u00e9, en bons petits soldats sans \u00e9tats d&rsquo;\u00e2mes de la politique culturelle de \u00ab\u00a0prestige\u00a0\u00bb de la ville, \u00e0 l&rsquo;organisation du Festival des Nuits Sonores. Au passage, il aura fallu \u00e9vacuer, lors des discussions pr\u00e9paratoires, pas mal de monde : tous les acteurs culturels, pas assez reconnus, qui n&rsquo;auraient pas pu donner \u00e0 ce festival son caract\u00e8re \u00ab\u00a0prestigieux\u00a0\u00bb. Ensuite, on a distribu\u00e9 les places en fonction de l\u00e9gitimit\u00e9s implicites dans le champ culturel : aux stars internationales on offre la Halle Tony Garnier, mais on demande aux DJ locaux d&rsquo;aller contacter eux-m\u00eames des bars\u2026 frapp\u00e9s de fermeture administrative (le Monde \u00e0 l&rsquo;Envers, par exemple !). Au mieux, on offre \u00e0 ces derniers des strapontins (aller mixer dans un karting de banlieue\u2026). <\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\">A la limite, on pourrait se contenter de constater l&rsquo;in\u00e9l\u00e9gance de l&rsquo;ensemble de la d\u00e9marche : apr\u00e8s tout, la culture, tout comme l&rsquo;art, est une affaire d&rsquo;argent et de communication politique, et seuls les grands na\u00effs et quelques utopistes pr\u00e9tendent encore que l&rsquo;on pourrait tout de m\u00eame penser ces secteurs d&rsquo;activit\u00e9 sur des bases moins mercantiles et plus d\u00e9mocratiques. Mais d&rsquo;une part, une dimension \u00ab\u00a0art contemporain\u00a0\u00bb est revendiqu\u00e9e dans le \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/nuits.sonores.free.fr\/parcours\/\" target=\"_blank\">Parcours          associ\u00e9<\/a>\u00a0\u00bb du festival. Si la programmation des Nuits Sonores est int\u00e9ressante en soi, on ne peut que prendre au mot ce principe de l&rsquo;art contemporain selon lequel la d\u00e9marche compte autant que le r\u00e9sultat : \u00e0 la limite, peu importe cette programmation si la d\u00e9marche qui y m\u00e8ne manque d&rsquo;exigence. D&rsquo;autre part, ce qui choque franchement, c&rsquo;est que la mise en place du festival des Nuits Sonores s&rsquo;accompagne de discours de l\u00e9gitimation (cf. l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.lyoncapitale.fr\/ArchivesLyonCapitale\/2003\/actu-412-9.html\" target=\"_blank\">article<\/a> du coordinateur du festival dans Lyon Capitale) qui pr\u00e9tendent \u00ab\u00a0<em>servir          de vitrine \u00e0 la sc\u00e8ne locale \u00e9mergente<\/em>\u00ab\u00a0, ou de mani\u00e8re encore plus d\u00e9magogique, s&rsquo;inscrire dans une ambition socio-culturelle. On lit ainsi (dans la <em>newsletter<\/em> n\u00b06 du Festival) que les jeunes de revenu modeste pourraient enfin s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 la culture, voire s&rsquo;impliquer personnellement gr\u00e2ce aux Nuits Sonores, ce qui est assez cocasse : comme si un \u00e9v\u00e9nement ponctuel comptait plus qu&rsquo;une r\u00e9elle pr\u00e9sence au quotidien des associations ! Voil\u00e0 bien un des effets de la prime au \u00ab\u00a0gros machin\u00a0\u00bb, et d&rsquo;une logique manageriale et consum\u00e9riste, qui se pare des atours du discours \u00ab\u00a0social\u00a0\u00bb d&rsquo;une main, mais qui ferme les derniers bars electro de l&rsquo;autre. Le pire, c&rsquo;est que les \u00e9lus de la mairie et les acteurs du festival des Nuits Sonores vont vraiment finir par croire qu&rsquo;ils sont des gens biens, cool, ouverts, sympas, tol\u00e9rants&#8230; alors qu&rsquo;ils font partie et cautionnent un syst\u00e8me qui contribue \u00e0 la marchandisation de la culture et aux replis s\u00e9curitaires. Ensuite, le Festival pr\u00e9tend faire la promotion des valeurs des cultures \u00e9lectroniques : on voit mal comment les amateurs de raves, de free-parties, ou d&rsquo;electronica exp\u00e9rimentale pourraient se reconna\u00eetre dans l&rsquo;affichage tapageur de sponsors aussi encombrants que la FNAC, le Hilton ou Picto\u2026 Apr\u00e8s enqu\u00eate, il s&rsquo;av\u00e8re d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;aucun <em>sound system<\/em> n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 contact\u00e9 pour les Nuits Sonores : trop turbulents, ils auraient sans doute nuit \u00e0 l&rsquo;image propre sur elle et \u00ab\u00a0arty \u00a0\u00bb bon chic bon genre de ce festival de salon. M\u00eame si l&rsquo;on peut prendre ses distances avec la sc\u00e8ne des free-parties, dont le public et le discours est parfois peu enthousiasmant, certains <em>sound systems<\/em> ont un r\u00e9el recul critique par rapport \u00e0 leur pratique, et les faire participer \u00e0 la vie culturelle aurait \u00e9t\u00e9 une meilleure solution que d&rsquo;accentuer encore un peu plus leur marginalisation. Cette \u00e9viction de la sc\u00e8ne <em>free<\/em> montre en tout cas un parti pris incompatible avec la vocation affich\u00e9e du festival de repr\u00e9senter la culture \u00e9lectronique.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\">Enfin, comment ne pas \u00eatre d\u00e9\u00e7u quand on constate          ce que pr\u00e9sentent les Nuits Sonores dans le cadre de leur \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/nuits.sonores.free.fr\/parcours\/\" target=\"_blank\">Parcours          associ\u00e9<\/a>\u00a0\u00bb ? O\u00f9 sont les id\u00e9es et les questionnements li\u00e9s \u00e0 la culture \u00e9lectronique, dans ces expositions qui s&rsquo;annoncent consensuelles et formalistes, et qui n&rsquo;abordent m\u00eame pas la question des rapports entre pouvoirs et cultures \u00ab\u00a0alternatives\u00a0\u00bb ? Qui ne mettent pas en relation la stigmatisation des <em>raves<\/em> et des <em>free-parties<\/em> avec les \u00ab\u00a0probl\u00e8mes\u00a0\u00bb que posent la migration et le mouvement aux ordres s\u00e9curitaires en train de se mettre en place dans une Europe vieillissante et en manque d&rsquo;utopies : du mouvement des corps cherchant \u00e0 \u00e9chapper aux normes comportementales, aux tactiques de d\u00e9placements des <em>sound systems<\/em> face aux strat\u00e9gies polici\u00e8res, en passant par les offres de \u00ab\u00a0mise en r\u00e9sidence\u00a0\u00bb des artistes de la sc\u00e8ne \u00e9lectronique par les d\u00e9cideurs culturels, c&rsquo;est toute une probl\u00e9matique du rapport \u00e0 l&rsquo;ordre et au contr\u00f4le des populations qui n&rsquo;est pas abord\u00e9e dans les expositions propos\u00e9es. Comment peut-on, aujourd&rsquo;hui, parler des cultures \u00e9lectroniques en passant sous silence les relations de ces cultures aux dispositifs de pouvoir ? Pire : la notion m\u00eame de \u00ab\u00a0culture \u00e9lectronique\u00a0\u00bb n&rsquo;est m\u00eame pas questionn\u00e9e, comme si elle constituait une \u00e9vidence, naturalis\u00e9e qu&rsquo;elle est dans une sorte de f\u00e9tichisme techniciste.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\">Avec ce festival et son important financement, Lyon perd donc l&rsquo;occasion \u00e0 la fois de questionner les cultures \u00e9lectroniques, mais aussi celle de favoriser leur \u00e9mergence, leur structuration progressive et leur autonomie. Il aurait \u00e9t\u00e9 nettement plus int\u00e9ressant de promouvoir de petits festivals anim\u00e9s \u00e0 peu de frais par des passionn\u00e9s, de laisser une place aux amateurs, et de laisser vivre les clubs et les bars qui sont pourtant les lieux d&rsquo;expression quotidiens des cultures \u00e9lectroniques. D\u00e9cid\u00e9ment, tout rel\u00e8ve de l&rsquo;injonction paradoxale dans cette politique culturelle : \u00ab\u00a0soyez \u00e9mergents, mais \u00e0 nos conditions et pour notre profit\u00a0\u00bb ! Quelle triste vision de la culture\u2026 <\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span class=\"content\"> <\/span><\/p>\n<p align=\"justify\">\n<h2>Nuits Sonores          : l&rsquo;after<\/h2>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\">Seul journal culturel lyonnais \u00e0 ne pas c\u00e9l\u00e9brer le festival et \u00e0 ne pas confondre journalisme et marketing politique, le Petit Bulletin (qui n&rsquo;\u00e9tait pas sponsor de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, contrairement \u00e0 ses confr\u00e8res) a exprim\u00e9 des r\u00e9serves qui vont tout \u00e0 fait dans le sens de ce qui est \u00e9crit plus haut. Il s&rsquo;agit du num\u00e9ro 262 du 28 mai au 4 juin 2003. <\/span><\/p>\n<p><span class=\"content\"> <\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\">Voici tout d&rsquo;abord un extrait de l&rsquo;\u00e9dito (page 1) de Christophe          Chabert, son r\u00e9dacteur en chef : <\/span><\/p>\n<p><span class=\"content\"><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\">\u00ab\u00a0<em>[&#8230;] c&rsquo;est dans notre bonne ville de Lyon que \u00e7a s&rsquo;agite autour d&rsquo;un autre festival, celui des Nuits Sonores. un projet face auquel on ne peut qu&rsquo;avouer notre perplexit\u00e9. Dubitatifs, on l&rsquo;est \u00e0 plus d&rsquo;un titre. Si la programmation aligne un certain nombre d&rsquo;artistes d\u00e9j\u00e0 largement d\u00e9fendus dans nos colones (Pan Sonic, Jimi Tenor, DMX Krew, Scheider TM, Luke Slater, Roni Size) et la fine fleur des musiciens \u00e9lectroniques locaux, on ne peut faire l&rsquo;\u00e9conomie d&rsquo;une r\u00e9flexion sur le montage de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, assez symptomatique des moeurs de l&rsquo;\u00e9quipe municipale en place quand il s&rsquo;agit de culture, qui pr\u00e9f\u00e8re penser \u00e0 ses propres d\u00e9sirs de post\u00e9rit\u00e9 politique plut\u00f4t qu&rsquo;aux d\u00e9sirs des spectateurs lyonnais. D&rsquo;ailleurs, ne cherche-t-elle pas \u00e0 implanter un festival de cin\u00e9ma dans la Capitale des gaules depuis 2 ans, sans v\u00e9ritablement se poser la question de savoir si les Lyonnais ont envie d&rsquo;une \u00e9ni\u00e8me vitrine co\u00fbteuse et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re ? Chers amis, pourriez-vous de temps \u00e0 autre garder en t\u00eate que la culture se pratique au quotidien et pas seulement dans l&rsquo;\u00e9v\u00e9nementiel&#8230;<\/em>\u00ab\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span class=\"content\"><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\">Voici enfin, page IV du dossier consacr\u00e9 aux Nuits Sonores, un          article de Christophe Chabert :<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\"><span style=\"font-size: small;\">\u00ab\u00a0<strong><em>Nuits Sonores : vietnam culturel ?<\/em><\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><span class=\"content\"><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\"><em>Avant m\u00eame son lancement, le festival Nuits Sonores faisait d\u00e9j\u00e0 couler beaucoup d&rsquo;encre. D\u00e8s novembre dernier, des rumeurs couraient sur l&rsquo;organisation d&rsquo;un festival \u00e9lectro au budget imposant largement soutenu par la ville. Alors que la plupart des lieux consacr\u00e9s aux musiques actuelles tiraient la langue financi\u00e8rement, o\u00f9 les artistes lyonnais d\u00e9sesp\u00e9raient de voir leurs attentes satisfaites par la municipalit\u00e9, la perspective d&rsquo;un grand \u00e9v\u00e9nement culturel venu de nulle part a suscit\u00e9 l&rsquo;\u00e9motion du milieu. C&rsquo;est une des raisons de la constitution du C-mal (Collectif des Musiques Actuelles de Lyon) et d&rsquo;une s\u00e9rie de manifestations spectaculaires pour acc\u00e9l\u00e9rer le dialogue. L&rsquo;annonce officielle du festival et la r\u00e9v\u00e9lation du montant de la subvention allou\u00e9e par la Ville (278 000 \u20ac soit 45% du budget) n&rsquo;ont pas calm\u00e9 les esprits. D&rsquo;autant que, dans la foul\u00e9e, certains lieux historiques de diffusion des musiques \u00e9lectroniques (Le Bistroy et surtout Le Monde \u00e0 l&rsquo;envers) connaissaient de s\u00e9rieux d\u00e9boires administratifs. M\u00eame si les patrons de ces structures n&rsquo;y voient qu&rsquo;un \u00ab\u00a0hasard\u00a0\u00bb, cette corr\u00e9lation agite un peu plus les activistes du mouvement. Les rumeurs s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8rent encore. Certains parlent d&rsquo;une absence d&rsquo;appel d&rsquo;offre sur le projet ; d&rsquo;autres comme Jarring Effects affichent d&#8217;embl\u00e9e leur d\u00e9sir de na pas participer \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement pour cause de calendrier crois\u00e9 (le contre-sommet du G8 surtout). Quant \u00e0 la Mission Musique de la Ville de Lyon, cens\u00e9e jouer un r\u00f4le consultatif, elle est carr\u00e9ment mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart du festival. Une fois la programmation d\u00e9voil\u00e9e, int\u00e9ressante mais assez pointue en regard des lieux choisis, les critiques continuent : sur le visuel de la communication (assez vague), sur les cachets des artistes internationaux (tout a \u00e9t\u00e9 pay\u00e9 au prix fort par manque d&rsquo;exp\u00e9rience) et sur ceux des artistes et associations lyonnais, dont certains iront de leur poche pour participer au circuit \u00e9lectronique du jeudi. Derni\u00e8re cons\u00e9quence : une page de publicit\u00e9 de la Ville de Lyon dans un suppl\u00e9ment consacr\u00e9 au festival n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 vanter son action de soutien envers les musiques actuelles. Le C-mal y r\u00e9agit dans un communiqu\u00e9 une semaine plus tard, d\u00e9non\u00e7ant au contraire les lenteurs de la Ville et les nombreuses impasses du dialogue engag\u00e9. bref, ce qui au d\u00e9part aurait pu \u00eatre un \u00e9v\u00e9nement charni\u00e8re de la vie culturelle lyonnaise se transforme en Vietnam des musiques actuelles, provoquant l&rsquo;explosion du milieu en une guerre fratricide. on devrait se r\u00e9jouir de voir une bonne partie de la sc\u00e8ne \u00e9lectronique lyonnaise, d&rsquo;une grande qualit\u00e9, r\u00e9unie dans un seul \u00e9v\u00e9nement. Mais les nombreuses opacit\u00e9s dans le montage du projet et les assauts r\u00e9p\u00e9t\u00e9s du quiet sound sur la vie nocturne lyonnaise sont d\u00e9j\u00e0 en train de g\u00e2cher la f\u00eate.<\/em>\u00ab\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span class=\"content\"><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\"><strong><span style=\"font-size: small;\">M\u00eame T\u00e9l\u00e9rama s&rsquo;en m\u00e8le          !<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span class=\"content\"><br \/>\n<\/span><span class=\"content\">Dans le num\u00e9ro 2786 du 4 juin 2003, \u00e0 la page 26, on trouve          l&rsquo;article suivant :<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\"><strong>Lyon dompt\u00e9e<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span class=\"content\"><br \/>\n<\/span><span class=\"content\">Sous le r\u00e8gne du tr\u00e8s peu <em>night-clubber<\/em> Raymond barre, Lyon n&rsquo;a jamais fait preuve de penchants technophiles : en 1996, apr\u00e8s l&rsquo;nnulation \u00e0 la derni\u00e8re minute, par la mairie, de la tr\u00e8s attendue rave Polaris, c&rsquo;est ici qu&rsquo;est n\u00e9e l&rsquo;association nationale des ravers en col\u00e8re, Technopol (slogan : \u00ab\u00a0en finir avec le d\u00e9lit de musique\u00a0\u00bb). Aujourd&rsquo;hui, nouveau cap : en organisant Nuits Sonores, ambitieux festival techno (270 000 euros, presque le double du budget municipal consacr\u00e9 aux musiques actuelles), la nouvelle \u00e9quipe, dirig\u00e9e par le socialiste G\u00e9rard Collomb, ne cache pas sa volont\u00e9 de changer l&rsquo;image d&rsquo;une ville bourgeoise et endormie. Alors, Lyon capitale de la techno, comme Belfort du rock ? Pas si simple&#8230;<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\">Les pentes de la Croix-Rousse bruissent en effet de mauvaises nouvelles : durant les six derniers mois, pas moins de quinze restaurants, discoth\u00e8ques et bars (dont l&#8217;embl\u00e9matique Monde \u00e0 l&rsquo;envers) o\u00f9 les DJ avaient leurs habitudes ont fait l&rsquo;objet de fermetures administratives ou ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s de leur autorisation de nuit. Motif : nuisances sonores, ivresses sur la voie publique, saisies de stup\u00e9fiants. DJ Flore, une des r\u00e9v\u00e9lations du dernier Printemps de Bourges et rare artiste locale programm\u00e9e aux Nuits sonores, ne m\u00e2che pas ses mots : \u00ab\u00a0<em>Organiser un festival techno, c&rsquo;est bien. Mais la nuit lyonnaise est dans un \u00e9tat catastrophique : ces derniers temps, je n&rsquo;ai plus de lieux pour jouer, et impossible de monter des soir\u00e9es. Je me produis plus souvent \u00e0 Grenoble ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger qu&rsquo;ici<\/em>\u00ab\u00a0.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\">Du c\u00f4t\u00e9 de la mairie, on renvoie la balle dans le camp de la pr\u00e9fecture. Et l&rsquo;on fait remarquer qu&rsquo;\u00e0 Paris, Bordeaux ou Marseille, la pression polici\u00e8re s&rsquo;est aussi accentu\u00e9e sur les night-clubs. \u00ab\u00a0<em>Nous sommes dispos\u00e9s \u00e0 aider          certains lieux pour des isolations phoniques<\/em>, confie Patrice Barghain,          <em>maire adjoint d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la culture. Si la situation ne s&rsquo;am\u00e9liore pas, il faudra qu&rsquo;on fasse un point avec la pr\u00e9fecture<\/em>\u00ab\u00a0. D\u00e9cid\u00e9ment, la vie nocturne dans l&rsquo;ancienne Lugdunum illustre parfaitement une blague en vogue : pour vous faire une id\u00e9e de l&rsquo;enfer, imaginez un pays o\u00f9 la cuisine serait confi\u00e9e aux Anglais, et le clubbing aux fran\u00e7ais.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"content\"> <\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\">Erwan Perron.<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span class=\"content\"> <\/span><\/p>\n<p align=\"justify\">\n<p align=\"justify\"><span class=\"content\">La Pr\u00e9sidictature de Dr\u00f6n\u00e9sie Orientale se f\u00e9licite donc d&rsquo;avoir refus\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but de participer \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement qui a pris des allures de festival \u00e9lectro pour mieux cacher la r\u00e9alit\u00e9 s\u00e9curitaire et conservatrice d&rsquo;une politique culturelle locale vaniteuse et \u00e0 des ann\u00e9es lumi\u00e8re de tout esprit alternatif, techno, ou m\u00eame simplement artistique. Pour autant, on se demande bien ce qui a conduit un nombre important de DJ locaux \u00e0 participer beno\u00eetement \u00e0 cette op\u00e9ration publicitaire qui signe, en ce qui me concerne, mon d\u00e9sengagement radical d&rsquo;une sc\u00e8ne locale embourb\u00e9e dans ses contradictions et son manque de clairvoyance. A l&rsquo;image de ce qu&rsquo;est devenu la techno, en somme&#8230;<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;annonce r\u00e9cente de diverses fermetures de lieux culturels lyonnais pour des raisons s\u00e9curitaires (harc\u00e8lement policier et judiciaire) me remet en m\u00e9moire un texte que j&rsquo;avais &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,5,3],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/drone-zone.org\/lyon2013\/blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/25"}],"collection":[{"href":"http:\/\/drone-zone.org\/lyon2013\/blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/drone-zone.org\/lyon2013\/blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/drone-zone.org\/lyon2013\/blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/drone-zone.org\/lyon2013\/blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=25"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/drone-zone.org\/lyon2013\/blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/25\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":35,"href":"http:\/\/drone-zone.org\/lyon2013\/blog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/25\/revisions\/35"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/drone-zone.org\/lyon2013\/blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/drone-zone.org\/lyon2013\/blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/drone-zone.org\/lyon2013\/blog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}