Invasion des îles de Vancouver et Charlotte en vue !

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Re: Invasion des îles de Vancouver et Charlotte en vue !

Messagepar Ël Rapha » 12 août 2010, 04:02

un collier de dent un coutelas en ivoire et dis moi Pat tu serais pas un peu le fils de Craö?
[neuneu.gif]



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Re: Invasion des îles de Vancouver et Charlotte en vue !

Messagepar drÖne » 12 août 2010, 08:11

Oui, bon, mais les indiens qui vivent sur place c'est pas cro magnon non plus !

http://www.haidanation.ca/Pages/CHN/Constitution.html

http://www.virtualmuseum.ca/Exhibitions ... index.html

http://www.thecanadianencyclopedia.com/ ... RTF0003521

Le préambule de leur constitution est sympa :

« Notre culture, notre patrimoine sont nés de notre lien respectueux et intime avec la terre et la mer. Comme celles de la forêt, les racines de notre peuple sont enchevêtrées, et l’adversité ne réussira pas à nous abattre. Nous devons notre existence à Haida Gwaii. Sur ces îles, où nos ancêtres ont vécu et sont morts, nous habiterons jusqu’au moment où ils nous feront signe de les rejoindre dans l’au-delà. La génération des vivants accepte la responsabilité de transmettre notre patrimoine aux générations qui la suivront. »


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Re: Invasion des îles de Vancouver et Charlotte en vue !

Messagepar drÖne » 07 sept. 2010, 08:58

Back home, après un long voyage. Désolé de ne pas avoir donné de nouvelles, mais on était assez loin des PC et on voulait faire un break. C'était vraiment super, mais là je suis un peu crevé par le décalage horaire et je ne vais pas trop m'étendre. Faut que je trie les photos aussi...

En attendant, voici un petit montage trouvé sur le net, à partir d'un film d'E. Curtis, tourné au début du XXème siècle, et qui met en scène une cérémonie indienne (Kwakiutl) dans les coins où on a été : la zic et le montage ne sont pas d'origine, mais je n'ai pas trouvé le film original (qu'on a vu sur place) sur Youtube.



Tout ça pour dire qu'en ce moment, les culture Haida et Kwakiutl sont en pleine renaissance, et que c'est assez plaisant à constater dans ce monde de globalisation effrénée.

Là, la photo n'est pas de moi mais on a été voir ces totems, qui ne sont pas de l'histoire ancienne pour les gens :

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More news soon...


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Re: Invasion des îles de Vancouver et Charlotte en vue !

Messagepar pH » 07 sept. 2010, 14:58




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Re: Invasion des îles de Vancouver et Charlotte en vue !

Messagepar drÖne » 07 sept. 2010, 16:03

Revenir sur Terre, oui, y'a de ça en effet !

On a été d'île en île, très au Nord, à deux pas de l'Alaska, dans des bleds paumés de 200 personnes, ça fait un bien fou de ne plus voir de foule, de ne plus lire la presse, de ne plus avoir face à soi que l'océan et des îles... Sinon, on a aussi pas mal crapahuté dans des forêts pluviales (les fameuses "rain forests"), c'est assez fascinant. Des jungles froides, impénétrables, remplies de cris d'oiseaux.

Grâce à LLB, qui connaissait ces coins de réputation, ainsi que leur histoire, et qui est fan du film "Dead man" de Jarmush (qui a été tourné là-bas), on avait commencé à lire (et relire) le bouquin de Claude Levis-Strauss sur les masques des tribus de la côte pacifique du Canada. Sur place, on a pu visiter plusieurs musées d'anthropologie ou des centres culturels Haida et Kwakiutl, et donc avoir accès au corpus complet qu'a pu étudier Levi-Strauss (et même sans doute à plus qu'il n'a pu en voir) pour la rédaction de "La voie des masques".

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On a aussi acheté pas mal de livres sur place, et on a pu lire quelques mythes Haida. Et aussi on a visité des vestiges de villages indiens, avec quelques restes de totems du début du siècle.

Du coup, on s'est rendus compte que soit il avait fumé la moquette avant de partir, soit il s'est livré à des sur-interprétations fantaisistes, car son bouquin, c'est du pur délire réductionniste par rapport à ce qu'on constate sur place. J'ai fait quelques rapides comptage à partir de bases de données de masques, et même sans ça, nan, Claude, ça fonctionne pas ton structuralisme ! Comme quoi, lire un livre c'est bien, mais vérifier les données, c'est très utile.

Sinon, Vancouver, à part les musées, bof, c'est gentil mais sans plus. Et comme l'avait remarqué Oliv, l'île de Vancouver (dans sa partie sud), c'est horriblement rupin et ricain : d'horribles hummers partout, des retraités hyper-friqués, des golfs, des cottages de luxe, tout est hors de prix... Faut aller vers le nord pour rencontrer des gens normaux. Ou alors sur Haida Gwaii, l'île magique ! Pas d'indiens alcooliques ni agressifs dans ces îles, ils sont au contraire en train de restructurer et de transmettre leur culture à partir d'une relecture de leur passé, d'éducation à leurs langues d'origine (à peine quelques centaines de personnes encore capable de les parler : c'est des populations qui ont été exterminées à 90% soit par les blancs, soit par les guerres tribales, soit par les maladies), et aussi à partir d'une grande foi en l'avenir : on devrait en prendre de la graine, nous, ici... Ils n'ont rien de gens figés dans un passé mythifié, au contraire, et leurs artistes s'inspirent des formes du passé pour produire des choses assez intéressantes. D'ailleurs, au plan graphique, c'est super scotchant la culture Haida ! J'ai ramené quelques tee shirts bien cool...

Quelques exemples du graphisme Haida :

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Ils ont eu un artiste contemporain internationalement renommé, qui a été leur porte parole : Bill Reid. Une type très intéressant, qui a lancé la renaissance Haida en s'inspirant du répertoire iconographique de ses ancêtres et en l'enrichissant. En gros, il y a trois formes de base (la ligne, l'ovale et le U), et les compositions sont des transformations constantes d'animaux en d'autres animaux ou en humains, qui suivent des histoires mythiques. Même chose sur les totems, qui sont des emblèmes familiaux, comme notre héraldique médiévale : un totem indique quelle famille vit dans la maison, quelle a été son histoire, quels ont été ses visions (on dressait un totem pour commémorer ses vision), quel a été le nombre des fêtes données (les potlach), etc. Idem pour la déco des canoés.

Tiens, voilà la sculpture la plus célèbre de Bill Reid :

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Elle raconte comment le Corbeau a donné naissance aux hommes. Le Corbeau est un dieu marrant : c'est un tricheur, un amateur de fesse et de bagarre, qui se prend des raclées sans arrêt et se pose des questions sur son comportement qui le met dans des situations embarrassantes (il finit parfois éparpillé dans des latrines, ou bouffé par des bêtes...). Bref, pas le style du Dieu vengeur et jaloux qui emmerde ses disciples...

Bill Reid a fait pas mal de bijoux aussi :

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Du graphisme, aussi, évidemment :

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Et aussi des totems et des canoes.

Et voilà le mythic Messenger, qui raconte 5 mythe Haidas en une seule sculpture :

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Un truc vachement intéressant, avec les totems Haida, c'est qu'en plus de représenter la nature comme des cycles où les animaux et les hommes s'enchevêtrent, les totems font eux mêmes partie de ce cycle : quand un totem tombe, parce qu'il est usé, on l'emporte dans la forêt où il sert de souche pour que d'autres arbres (des cèdres) y poussent : dans les rainforests, une souche morte est en fait une "nurserie" qui produit de la vie : des tas de bestioles s'y installent, ça pourrit en 100 ans, et sur chaque souche d'autres arbres poussent. Du coup, les totems sont peints et exposés, mais pas repeints, et ils pourrissent sans que ça ennuie les sculpteurs ou les populations qui en refont régulièrement depuis quelques années, après près d'un siècle d'arrêt faute de sculpteurs. C'est Bill Reid qui a relancé tout le cycle, et aujourd'hui il y a plein de sculpteurs de canoes, de totems ou de bijoux, ou des tisserands, qui s'y remettent. Et visiblement, pas seulement par nostalgie, mais parce que c'est resté vivant.


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Re: Invasion des îles de Vancouver et Charlotte en vue !

Messagepar Ël Rapha » 07 sept. 2010, 17:58

simplement passionant [bienjoue2.gif]



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Re: Invasion des îles de Vancouver et Charlotte en vue !

Messagepar drÖne » 07 sept. 2010, 19:33

[cligne.gif]

Pour ceux qui lisent l'anglais, voici "The raven steals the light", un mythe Haida écrit par Bill Reid à partir de ses souvenirs d'enfance, quand ses grands parents lui racontaient ces mêmes mythes. Ce mythe met en avant le caractère "trixter" (blagueur, tricheur, voleur) du Corbeau. En fait, le Corbeau est celui qui dérange l'ordre établi et qui fait évoluer le monde. Mais dans cette opération, même en tant que Dieu, il paie souvent les conséquences de ses actions, et se fait parfois battre par des humains. Le Corbeau est le principe d'évolution dans la philosophie Haida. Ils sont partout sur l'île, occupant les espaces entre l'océan et la forêt pluviale, sans cesse à la recherche de bouffe qu'ils piquent aux humains, ou qu'ils récupèrent sur la plage entre les marées. De manière très étonnante, leur chant est assez complexe et ne se limite pas au croassement, loin de là : ils ont des sons très mélodieux également, comme des sortes de "cloches sous la mer". Écouté en forêt, c'est absolument fantastique. Je les ai enregistrés avec mon portable, et ça n'a rien à voir avec les cris de nos corbeaux européens. Avec LLB, entre la lecture des mythes du Raven et ces promenades en forêts, nous sommes devenus fans de corbeaux, mais pas dans sa version goth ! Sinon, sur Haida Gwaii, la population était (et est encore) divisée en deux phratries : celle du Corbeau et celle de l'Aigle. Normalement, un fils (ou fille) du côté Corbeau ne doit se marier qu'avec quelqu'un du côté Aigle, pour assurer l'hétérogamie. Ensuite, les phratries se divisent en clans : celui du loup, du castor, de l'orque, de la grenouille, etc. Ce sont ces combinaisons complexes que décrivent les totems devant les maisons, qui accueillaient les canoës, face à la plage et devant chaque maison. ca permettait aux arrivants qui venaient visiter (ou attaquer...) le village, de savoir qui habitait telle ou telle maison, où était tel cousin, tel parent, etc.

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Mais voici ce joli mythe du Corbeau. (Pour info "hemlock" est le nom d'un sapin local, très important sur l'île) :

THE RAVEN STEALS THE LIGHT

A Haida Myth
By Bill Reid and Robert Bringhurst
http://www.esubjects.com/curric/general ... eLight.pdf

In this story, it isn’t fire that is stolen, but light itself.
Before there was anything, before the great flood had covered the earth and receded, before the animals walked the earth or the trees covered the land or the birds flew between the trees, even before the fish and the whales and seals swarm in the sea, an old man lived in a house on the bank of a river with his only child, a daughter. Whether she was as beautiful as hemlock fronds against the spring sky at sunrise or as ugly as a sea slug doesn’t really matter very much to this story, which takes place mainly in the dark.

Because at that time the world was dark. Inky, pitchy, allconsuming dark, blacker than a thousand stormy winter midnights, blacker than anything anywhere has been since.
The reason for all this blackness has to do with the old man in the house by the river, who had a box which contained a box which contained a box which contained an infinite number of boxes which nestled in a box slightly larger than itself until finally there was a box so small all it could contain was all the light in the universe.

The Raven, who of course existed at that time, because he had always existed and always would, was somewhat less than satisfied with this state of affairs, since it led to an awful lot of blundering around and bumping into things. It slowed him down a good deal in his pursuit of food and other fleshly pleasures, and in his constant effort to interfere and to change things.

Eventually, his bumbling around in the dark took him close to the home of the old man. He first heard a little singsong voice muttering away. When he followed the voice, he soon came to the wall of the house, and there, placing his ear against the planking, he could just make out the words, “I have a box and inside the box is another box and inside it are many more boxes, and in the smallest box of all is all the light in the world, and it is all mine and I’ll never give any of it to anyone, not even to my daughter, because, who knows, she may be as homely as a sea slug, and neither she nor I would like to know that.”

It took only an instant for the Raven to decide to steal the light for himself, but it took a lot longer for him to invent a way to do so.

First he had to find a door into the house. But no matter how many times he circled it or how carefully he felt the planking, it remained a smooth, unbroken barrier. Sometimes he heard either the old man or his daughter leave the house to get water or for some other reason, but they always departed from the side of the house opposite to him, and when he ran around to the other side the wall seemed as unbroken as ever.

Finally, the Raven retired a little way upstream and thought and thought about how he could enter the house. As he did so, he began to think more and more of the young girl who lived there, and thinking of her began to stir more than just the Raven’s imagination.

“It’s probably that she’s as homely as a sea slug,” he said to himself, “but on the other hand, she may be as beautiful as the fronds of the hemlock would be against a bright spring sunrise, if only there were light enough to make one.” And in that idle speculation, he found the solution to this problem.
He waited until the young woman, whose footsteps he could distinguish by now from those of her father, came to the river to gather water. Then he changed himself into a single
hemlock needle, dropped himself into the river and floated down just in time to be caught in the basket which the girl was dipping in the river.

Even in his much diminished form, the Raven was able to make at least a very small magic—enough to make the girl so thirsty she took a deep drink from the basket, and in doing so, swallowed the needle.

The Raven slithered down deep into her warm insides and found a soft, comfortable spot, where he transformed himself once more, this time into a very small human being, and sent to sleep for a long while. And as he slept he grew.

The young girl didn’t have any idea what was happening to her, and of course she didn’t tell her father, who noticed nothing unusual because it was so dark—until suddenly he became very aware indeed of a new presence in the house, as the Raven at last emerged triumphantly in the shape of a human boychild.

He was—or would have been, if anyone could have seen him—a strange-looking boy, with a long, beak-like nose and a few feathers here and there. In addition, he had the shining eyes of the Raven, which would have given his face a bright, inquisitive appearance—if anyone could have seen these features then.

And he was noisy. He had a cry that contained all the noises of a spoiled child and an angry raven—yet he could sometimes speak as softly as the wind in the hemlock boughs, with an echo of that beautiful other sound, like an organic bell, which is also part of every raven’s speech.
At times like that his grandfather grew to love this strange new member of his household and spent many hours playing with him, making him toys and inventing games for him.

As he gained more and more of the affection and confidence of the old man, the Raven felt more intently around the house, trying to find where the light was hidden. After much exploration, he was convinced it was kept in the big box that stood in the corner of the house. One day he cautiously lifted the lid, but of course could see nothing, and all he could feel was another box. His grandfather, however, heard his precious treasure chest being disturbed, and he dealt very harshly with the would-be thief, threatening dire punishment if the Ravenchild every touched the box again.
This triggered a tidal wave of noisy protests, followed by tender importuning, in which the Raven never mentioned the light, but only pleaded for the largest box. That box, said the Ravenchild, was the one thing he needed to make him completely happy.

As most if not all grandfathers have done since the beginning, the old man finally yielded and gave his grandchild the outermost box. This contented the boy for a short time—but as most if not all grandchildren have done since the beginning, the Raven soon demanded the next box.

It took many days and much cajoling, carefully balanced with well-planned tantrums, but one by one the boxes were removed. When only a few were left, a strange radiance, never before seen, began to infuse the darkness of the house, disclosing vague shapes and their shadows, still too dim to have definite form. The ravenchild then begged in his most pitiful voice to be allowed to hold the light for just a moment.

His request was instantly refused, but of cource in time his grandfather yielded. The old man lifted the light, in the form of a beautiful incandescent ball, from the final box and tossed it to his grandson.
He had only a glimpse of the child on whom he had lavished such love and affection, for even as the light was traveling toward him the child changed from his human form to a huge, shining black shadow, wings spread and beak open, waiting. The Raven snapped up the light in
his jaws, thrust his great wings downward and shot through the smokehole of the house into the huge darkness of the world.

That world was at once transformed. Mountains and valleys were starkly silhouetted, the river sparkled with broken reflections, and everywhere life began to stir. And from far away, another great winged shape launched itself into the air, as light struck the eyes of the Eagle for the first time and showed him his target.

The Raven flew on, rejoicing in his wonderful new possession, admiring the effect it had on the world below, reveling in the experience of being able to see where he was going, instead of flying blind and hoping for the best. He was having such a good time that he never saw the Eagle until the Eagle was almost upon him. In a panic he swerved to escape the savage outstretched claws, and in doing so he dropped a good half of the light he was carrying. It fell to the rocky ground below and there broke into pieces—one large piece and too many small ones to count. They bounced back into the sky and remain there even today as the moon and the stars that glorify the night.

The Eagle pursued the Raven beyond the rim of the world, and there, exhausted by the long chase, the Raven finally let go of his last piece of light. Out beyond the rim of the world, it floated gently on the clouds and started up over the mountains lying to the east.

Its first rays caught the smokehold of the house by the river, where the old man sat weeping bitterly over the loss of his precious light and the treachery of his grandchild. But as the light reached in, he looked up and for the first time saw his daughter, who had been quietly sitting during all this time, completely bewildered by the rush of events.

The old man saw that she was as beautiful as the fronds of a hemlock against a spring sky at sunrise, and he began to feel a little better.

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Dans les cérémonies Haida, en vertu de ce principe selon lequel le Corbeau est celui qui dérange l'ordre du Monde, on porte des masques de Corbeau (avec bec articulé) et on danse avec. Mais pour les grands masques de Corbeau, d'une part on les stocke dans des boites, recouverts de drap et surtout le bec attaché pour éviter au masque d'être actif et de risquer de "parler". D'autre part, ce sont des vieux qui étaient chargés de porter le masque de Corbeau, car leur vie étant presque finie, ils pouvaient prendre le risque de mourir en portant ce type de masque aux propriétés magiques très grandes pour les Haidas. En tout cas, les masques de grand Corbeau sont absolument splendides dans les musées (et malheureusement hors de prix dans les boutiques...), certains faisant plus de 2 m de long :

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Voilà comment ces masques étaient portés, dans une photo célèbre de potlatch par E. Curtis :

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Re: Invasion des îles de Vancouver et Charlotte en vue !

Messagepar drÖne » 07 sept. 2010, 20:12

Et voilà deux vidéos de potlatch où l'on voit les masques portés. La première est un film de Curtis qui date de 1914, et la vidéo est de très mauvaise qualité par rapport au film original qu'on a pu voir dans un musée.

[/video]

La seconde est plus récente (1951), et on voit le Corbeau entrer en scène à la troisième minute :

[/video]

Le Potlatch (prononcer "Poola'ch") était une cérémonie qui durait plusieurs jours autrefois, et durant laquelle un hôte (souvent un chef de village) invitait ses amis, sa famille, et les clans avec qui il était en relation à recevoir des cadeaux et à assister à des danses. On donnait ces fêtes en hiver (saison des cérémonies et de la magie), à l'occasion de diverses célébrations : mort d'une personne, accession au pouvoir d'un chef, mariage, etc. Un potlatch permettait (et permet encore aujourd'hui) de rendre public (et donc en quelque sorte "légal") un acte : il institutionnalise un acte. Un chef n'est un chef qu'une fois qu'il a donné le potlatch qui l'intronise, en public, et si et seulement si ses invités ont accepté de venir et n'ont pas fait de remontrances. Une énorme quantité de nourriture et de cadeaux est donnée aux invités, qui en les acceptant institutionnalisent l'acte présenté, et le légalisent par leur présence. En faisant cela, ils sont engagé à "rendre" la fête plus tard, et à faire eux aussi des cadeaux. le potlatch n'a donc rien du simple acte économique ("don contre-don") auquel on le résume trop souvent : c'est une institutionnalisation.

Les Potlatch ont été interdits par le gouvernement canadien jusqu'en 1951, même s'ils ont été réalisés en secret par certains entre le début du siècle et 1951 : les interdire était une manière de forcer les indiens à rentrer dans la foi catholique et dans le système marchand occidental. Mais ils ont bien résisté, les Haida ! Ils ont un peu perdu de leur mémoire (qui n'est pas écrite, mais orale), mais les potlatch ont quand même repris et sont donnés régulièrement (il y en a eu un grand lors de notre séjour, mais on n'y a pas assisté : en principe, faut être invité et on n'avait pas du tout envie de taper l'incruste façon touristes-nikon-sur-le-bide).

A propos des masques qui sont portés lors des cérémonies, ce qui compte ce n'est pas tant le masque que le droit qu'ont certaines familles de le porter et de danser telle ou telle danse qui est liée au masque. Quand on se marie, le marié hérite du droit de danser le masque de la famille de sa femme (la succession est matrilinéaire sur Haida). Les masques ne sont donc pas fétichisés comme ils le sont par les collectionneurs occidentaux et les musées, et ils peuvent donc être vendus, puisque ce qui compte c'est le droit de les porter et de danser. C'est un peu comme un titre de noblesse (la société Haida comporte des nobles, des gens du commun, et des esclaves : comme en Drönésie !).

Plus il y a de monde à un potlatch, plus ça signifie puissance et gloire pour celui qui le donne. Et plus il donne de ses richesses à ses invités, plus il est reconnu comme puissant. En fait, le potlatch est un système de redistribution des richesses accumulées qui les collectivise : on a parfois comparé ce système au communisme (ou plutôt au communalisme).

[/video]

Il n'y avait pas de monnaie sur Haida, mais les tribus avaient des "cuivres", qui étaient des sortes de boucliers héraldiques en cuivre qui représentaient leur puissance et qui fonctionnaient comme des "bons" ou des billets de banque, en bien plus complexe.

Un cuivre Haida typique :

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Chacun connaissait l'histoire de chaque cuivre, à qui il avait appartenu, combien il avait couté (en couvertures de chèvres des montagnes), à qui il avait été cédé ou donné lors des potlatch : plus un cuivre circulait, plus il acquérait de valeur économique et symbolique. Dans les potlatch, selon des règles fixées par les chefs, on pouvait détruire des cuivres en signe de puissance et pour obliger ses invités. On les coupait en suivant certaines lignes :
Rien à voir, là encore, avec notre système économique qui est férocement désymbolisé !


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Messagepar pH » 07 sept. 2010, 20:19

Oui, passionnant en effet !
Belle leçon d'anthropologie.
J'ai également admiré l'art du grand nord lors d'une exposition qui le confrontait avec celui du grand sud (en gros des aborigènes aux inuits)
(http://www.museedesconfluences.fr/musee ... /index.php) et j'étais aussi surpris de la vivacité et du nombre d'artistes qui font vivre leurs cultures, la réactualise, et surtout, la transmet à nouveau avec une grande énergie. Comme l'activité artistique est essentielle, en somme, pour ces populations… microscopiques…



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Re: Invasion des îles de Vancouver et Charlotte en vue !

Messagepar drÖne » 07 sept. 2010, 20:36

Oui, c'est très vivant aujourd'hui, surtout sur Haida gwaii, car dans les îles les indiens n'ont jamais signé aucun traité avec le gouvernement : ils s'estiment toujours propriétaires de leurs terres et n'ont jamais abdiqué. Ils peuvent être assez virulents, et ont, paraît-il, expulsé récemment des investisseurs fonciers. Il y a eu aussi de grandes batailles contre les industries forestières qui détruisent les forêts sacrées, et qui abattent les grands cèdres de 800 ans qui servent à construire les totems et les canoës. En tout cas, il y a beaucoup d'inventivité, j'ai vu des mélanges avec de la culture hip-hop, des artistes indiens gays, bref, des créations vraiment intéressantes, et une fierté culturelle impressionnante. Ils ne perdent pas leur temps à critiquer leurs ennemis : ils se concentrent sur leur art, leur culture, la transmission de leur langue, la construction de totems, etc.

Miss Chief Eagle Testikles est par exemple un activiste indien gay qui manie l'humour et le kitsh : il réalise des peintures dans le pur style pittoresque du début du siècle, mais en ajoutant sa touche gay colorée, et il crée des vidéos ou des installations où il inverse les stéréotypes. par exemple, il débarque dans un cottage à cheval et déguisé en chef sioux, mais avec des platform boots et un body en lamé, puis il présente deux "nobles mâles européens" (Robin des bois et Père Tuck) en tenant un discours à leur propos qui est l'exact décalque inversé de celui sur l'indien éternel, stoique, noble et généreux. Ou alors de faux westerns à l'ancienne, mais gays. Un pur foutage de gueule réjouissant !

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