Say it ain't so, joe... ha non c'est pas le bon Murray

Ici on discute de thèmes environnementaux : écologie scientifique et/ou écologie politique, décroissance, etc.

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Ël Rapha
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Say it ain't so, joe... ha non c'est pas le bon Murray

Message par Ël Rapha »

Murray Bookchin ?

Vous l'avez lu ?

Rencontré?


le monde diplo juillet 2016

"e 6 janvier 2014, les cantons du Rojava, dans le Kurdistan syrien, se sont fédérés en communes autonomes. Ils ont adopté un contrat social qui établit une démocratie directe et une gestion égalitaire des ressources sur la base d’assemblées populaires. C’est en lisant l’œuvre prolifique de Murray Bookchin et en échangeant avec lui depuis sa geôle turque, où il purge une peine d’emprisonnement à vie, que le chef historique du mouvement kurde, M. Abdullah Öcalan, a fait prendre au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) un virage majeur pour dépasser le marxisme-léninisme des premiers temps. Le projet internationaliste adopté par le PKK en 2005, puis par son homologue syrien, le Parti de l’union démocratique (PYD), vise à rassembler les peuples du Proche-Orient dans une confédération de communes démocratique, multiculturelle et écologiste.

Né en 1921 à New York de parents juifs russes révolutionnaires, Bookchin grandit dans le Bronx, alors chaudron des luttes ouvrières américaines. Engagé très jeune dans les rangs communistes, qu’il quitte en 1936, au moment de la guerre d’Espagne, il milite à la fois au Congrès des organisations industrielles (CIO) et au Congrès pour l’égalité raciale (CORE). D’abord ouvrier de l’industrie automobile (notamment au moment de la grande grève de General Motors, en 1945), cet auto-didacte enseigne ensuite la sociologie au Ramapo College, dans le New Jersey. À sa mort, le 30 juillet 2006, il laisse une vingtaine de livres et plusieurs centaines d’articles.
Dans le Vermont de Bernie Sanders en 1971

Écologiste radical et visionnaire, il avance l’idée selon laquelle l’irrationalité du capitalisme et sa faiblesse fatale ne résideraient pas, comme l’affirmait Karl Marx, dans sa propension inéluctable à l’autodestruction, mais dans son conflit avec l’environnement naturel, sa logique de croissance destructrice à la fois de la nature et de la santé humaine. En 1964, son pamphlet « Écologie et pensée révolutionnaire » fixe l’idée fondatrice de (...)"


Reporterre décembre 2014

"[...] L’écologie sociale et la notion de domination

Le projet d’écologie sociale élaboré par Murray Bookchin s’appuie sur la conviction qu’aucun des problèmes écologiques ne sera résolu sans un profond changement social. Pas plus que l’écologiste benêt, enthousiasmé par la merveilleuse harmonie de la nature mais incapable d’appréhender l’homme social qui produit, l’économiste arrogant, pour qui les ressources humaines et naturelles ne sont que des forces productives, ne trouve grâce à ses yeux.

Son discours se veut d’emblée subversif afin de déranger l’ordre économique et politique responsable du saccage de la planète et de la désarticulation des rapports humains. Il perçoit très vite que l’évolution du capitalisme sera entravée par des contradictions internes (sur lesquelles Marx avait déjà insisté) mais aussi et surtout par des limites écologiques : « Quel que puisse être le destin du capitalisme en tant que système économique ayant des "limites internes", nous pouvons maintenant hautement affirmer qu’il a des limites externes, celle de l’écologie. »

Au cœur de sa réflexion sur l’écologie sociale apparaît clairement et de manière récurrente la notion de domination : « L’obligation faite à l’humain de dominer la nature découle directement de la domination de l’humain sur l’humain. » Une domination sur les jeunes, sur les femmes, sur les pauvres.

Puisque, selon Bookchin, la domination de l’homme précède la domination de la nature, une issue enthousiasmante est envisageable : la ré-harmonisation des rapports humains, à laquelle nous devons nous atteler, favorisera la ré-harmonisation des relations que les hommes entretiennent avec la nature. « Si une communauté écologique se réalise jamais, précise t-il, la vie sociale suscitera une diversification subtile du monde humain comme du monde naturel et les réunira en un tout harmonieux et équilibré. »

La croissance incontrôlable d’un capitalisme qu’il faut détruire

Concevoir la crise écologique comme une succession d’accidents aléatoires tels que les marées noires ou les catastrophes nucléaires serait une erreur grave. L’écologie sociale de Murray Bookchin fera le procès de la société de marché, société entièrement subordonnée aux injonctions du marché, qui a profondément altéré la vie des communautés humaines et laissé une empreinte indélébile sur le monde naturel.

La croissance est devenue pour Bookchin « le synonyme de l’économie de marché » dont la maxime est « croître ou mourir ». Sur ce plan, il ne reniera pas l’analyse marxiste de l’accumulation capitaliste : « Accumuler pour affaiblir, racheter, absorber ou dominer d’une façon ou d’une autre le concurrent est une condition de la survie dans l’ordre économique capitaliste. »

Anti-capitalististe, Murray Bookchin, sera anti-productiviste… et réciproquement. Les actes de résistance personnelle à la dégradation de la planète sont, à ses yeux, sans effet. Il ironise sur les paroles moralisatrices et naïves de certains écologistes : « Les tentatives de rendre le capitalisme "vert" ou "écologique" sont condamnées d’avance par la nature même du système qui est de croître indéfiniment. »

Il ne suffit plus, de changer le pansement, il faut penser le changement ! Intraitable, il appelle à des bouleversements institutionnels : « Le capitalisme, en effet, constitue le point de négativité absolue pour la société et pour le monde naturel. Il n’est pas possible d’améliorer cet ordre social, de le réformer, de le transformer sur ses propres bases, par exemple en lui ajoutant un préfixe écologique pour en faire un "écocapitalisme". La seule solution qui existe, c’est de le détruire. »

Le municipalisme libertaire

La société écologique imaginée par Murray Bookchin est indissociable d’un changement, lui aussi radical, de l’organisation politique. Il sait que la représentation n’est pas la démocratie car le peuple ne parle plus.

Il est donc nécessaire d’imaginer des alternatives écologiques et simultanément de réinvestir le champ politique. Tel est le souhait de Murray Bookchin qui, au travers du municipalisme libertaire dessine le projet politique d’une démocratie du "face to face", une démocratie directe à laquelle tous les acteurs sont appelés, grâce en particulier aux assemblées populaires, à apporter leurs contributions.


- Murray Bookchin -

Le gigantisme des entreprises, l’urbanisation accélérée et la toute puissance d’un Etat hypertrophié, bureaucratisé et anonyme génèrent un grave déclin des valeurs civiques et sociales : « Réduire les dimensions des communautés humaines, suggère Bookchin, est une nécessité élémentaire, d’abord pour résoudre les problèmes de pollution et de transport, ensuite pour créer des communautés véritables. En un certain sens, il nous faut humaniser l’humanité. »

Au cœur même des grandes mégapoles, se reconstitueront, pensait-il, des centres urbains de petite taille et il ne serait pas impossible qu’un mouvement municipaliste libertaire renaisse grâce au partage des intérêts communautaires par les habitants.

Murray Bookchin n’avait pas une vision aussi pessimiste de la technique que celle de Jacques Ellul. Aussi, entre l’admiration béate et le rejet inconditionnel de sa puissance destructrice, il la conçoit libératrice. « Ce que je veux montrer, déclare t-il, c’est qu’un mode de vie organique dépourvu d’armature technologique serait aussi incapable de fonctionner qu’un homme dépourvu de squelette. »

Cette technologie décentralisée, mise en œuvre dans des villages et cités confédérés, permettrait ainsi à son municipalisme de s’accomplir pleinement et de répondre à des besoins humains « rationnellement conçus ».

La cité envisagée par Murray Bookchin, rationnelle, écologique et libre n’a encore jamais existé. Toutefois, les exemples de cités historiques fréquemment évoquées présentent des institutions auxquelles il convient de porter une attention toute particulière. Elles ont, dit-il, « établi une tradition qui demeure inachevée. »

Celle-ci, précisément, doit être régénérée pour suggérer aux hommes une radicalisation de la démocratie, seule voie possible vers une société exigeante mais épanouissante aux yeux de l’ambitieux anarchiste. Tourner le dos à la verticalité desséchante et vieillissante du pouvoir pour envisager l’horizontalité bienfaitrice de la prise de décision collective :

« Une humanité éclairée, consciente de toutes ses potentialités dans une société écologiquement harmonieuse, n’est qu’un espoir et non une réalité présente ; un "devoir être" non un "étant". Tant que nous n’aurons pas créé cette société écologique, nos capacités de nous entretuer et de dévaster la planète continueront de faire de nous une espèce encore moins évoluée que les autres. »

Être libre, ne pas se reposer, tenter l’impossible pour éviter l’impensable ! "


biblio from wiki


Murray Bookchin (trad. Helen Arnold et Daniel Blanchard), Pour une société écologique : Recueil de textes et préface inédite de l'auteur, Paris, Christian Bourgois ed, 1976 (ISBN 2267000350).
Murray Bookchin, Une société à refaire : vers une écologie de la liberté, Montréal, Éditions Écosociéte, 2011 (réimpr. 1992) (ISBN 9782923165561).
Murray Bookchin, Sociobiologie ou écologie sociale, Lyon, Atelier de création libertaire, 1999 (réimpr. 1993) (ISBN 9782905691682).
Murray Bookchin et Dave Foreman, Quelle écologie radicale? : écologie sociale et écologie profonde en débat, Lyon, Atelier de création libertaire/Silence, 1994 (ISBN 9782905691279,
Murray Bookchin, Pour un municipalisme libertaire, Lyon, Ed. Atelier de création libertaire, 1er janvier 2003 (ISBN 9782905691880 et 2905691883,
Murray Bookchin (préf. Hervé Kempf), Qu'est-ce que l'écologie sociale, Lyon, Éditions Atelier de création libertaire, 2012 (réimpr. 2003) (1re éd. 1989) (ISBN 9782351040584,
Au-delà de la rareté - L'anarchisme dans une société d'abondance, textes pionniers 1965-70, présentation Vincent Gerber, Écosociété, 2016, 280 p., (ISBN 9782897192396), texte intégral.



vidéo d'une Conférence donnée en mars 1985 à San Francisco en ouverture d'une table ronde sur le thème "The Forms of Freedom"

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PArce que hein !
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drÖne
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Re: Say it ain't so, joe... ha non c'est pas le bon Murray

Message par drÖne »

Super intéressant, merci, je ne connaissais pas. Va falloir que je trouve ses livres. Dans le même genre et à la même époque, il y avait notre André Gortz national. On mesure en entendant Murray et en lisant Gortz tout ce que l'écologie politique a perdu en s’inscrivant dans l'expertise des sciences du vivant : la capacité à penser de manière réellement critique, donc subversive. Ca plus les passages aux gouvernement, ça a tué l'écologie en France.
drÖne
d'où, chose remarquable, rien ne s'ensuit...
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Ël Rapha
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Re: Say it ain't so, joe... ha non c'est pas le bon Murray

Message par Ël Rapha »

ouais et ne pas oublier cette racaille libérale de Cohn bendit aussi qui donne a bien penser à la génération de mes parents ...
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