à la découverte de charles sanders peirce

Vocabulaire, jargon technique ou sociologique, lexique de la teuf, références, etc. Ici on tente d'applanir les difficultés de lecture et d'intercompréhension.

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dana
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à la découverte de charles sanders peirce

Message par dana »

oui oui
alors puisqu'il y a manifestement des sémioticiens ici
donnez moi des références utiles pour mieux saisir l'importance de Peirce et à partir d'où on fonde la sémiotique.
Je n'ai lu à vrai dire que ceci :
http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Class ... ience.html
et notamment les deux textes réunis sous le nom "Logique de la science"
(téléchargeables en traduc française sur l'adresse ci-dessus, et d'une lecture vraiment abordable)

je me demande :
comment peut-on être peircien aujourd'hui ?
J'ai l'impression de rencontrer de plus en plus d'adeptes de Peirce, des gens qui se font appeler sémioticiens (et j'avoue avoir beaucoup de mal à les ranger dans mes petites cases.. Sont-ils plutôt des linguistes ? des behavioristes ? des grammairiens au sens de Wittgenstein ? des pragmatistes ? des philosophes ?)

Les 4 manières décrites par Peirce pour fixer la croyance sont finement observées : la méthode par ténacité, la méthode d'autorité, la méthode a priori (métaphysique).
Mais comment comprendre la primauté accordée à la quatrième ? Est-ce une simple "préférence" rapportée à son utilité ou sa fécondité sociale ?
Ce serait faire de Peirce un pragmatiste pur et dur (à la rorty), ce qu'il n'est sans doute pas.
N'est-elle pas une croyance à mettre en perspective avec les autres, mais une croyance tout de même ?
N'est-ce pas ce qu'admet peirce lui-même : les 3 autres méthodes ont leur supériorité, mais seule la quatrième est digne de la raison (ou : seule
elle permet de mettre un terme au doute de manière perenne, donc seule elle fixerait solidement la coryance ?)
Quel est le critère que retient peirce pour préférer la quatrième voie ?
"la conformité de nos opinions à la réalité" (que seule la méthode scientifique assure)
Autrement dit, on dispose grâce à la méthode scientifique d'un sol sur lequel fonder la croyance, ce qui n'est pas le cas des trois autres méthodes.
On dispose d'un sol, c'est-à-dire de quelque chose sur lequel marcher mais qui ne dépende pas de nos idées :
"Ainsi le réel peut se définir : ce dont les caractères ne dépendent pas de l'idée qu'on peut en avoir."
ajouté à cela : l'idée qu'il y aurait moyen de distinguer une croyance vraie d'une croyance fausse par la méthode scientifique

bon
mais ce "scientisme", cette ardeur pour la vérité, ça fait un peu sourire maintenant vous ne trouvez pas ?
Je veux dire après Quine, Davidson, Austin, Kuhn et consorts, on peut difficilement s'en satisfaire ?
Ou alors est-ce que dans des textes plus tardifs, la position de peirce a évolué ?

Comment lisez-vous peirce en fait ? this is my question.
Vous gardez ce qui vous intéresse dans la théorie du signe en faisant abstraction de la "prétention" scientifique ?

ha oui :
s'il y a des textes téléchargeables gratos online, en plus de celui cité plus haut, je suis preneur bien sur.. (les bibiothèques par chez moi sont.. humm... pauvres)
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drÖne
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Re: à la découverte de charles sanders peirce

Message par drÖne »

dana a écrit :oui oui
alors puisqu'il y a manifestement des sémioticiens ici
donnez moi des références utiles pour mieux saisir l'importance de Peirce et à partir d'où on fonde la sémiotique.
Je n'ai lu à vrai dire que ceci :
http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Class ... ience.html
et notamment les deux textes réunis sous le nom "Logique de la science"
(téléchargeables en traduc française sur l'adresse ci-dessus, et d'une lecture vraiment abordable)

je me demande :
comment peut-on être peircien aujourd'hui ?
J'ai l'impression de rencontrer de plus en plus d'adeptes de Peirce, des gens qui se font appeler sémioticiens (et j'avoue avoir beaucoup de mal à les ranger dans mes petites cases.. Sont-ils plutôt des linguistes ? des behavioristes ? des grammairiens au sens de Wittgenstein ? des pragmatistes ? des philosophes ?)
Ben c'est comme les adpetes de n'importe quelle secte : ils sont recrutés au petit bonheur la chance... En fait, il y a des peirciens dans différentes disciplines, mais on les retrouve généralement chez les philosophes, les logiciens, les chercheurs en sciences de la communication, certains sociologues, quelques linguistes et des psy. Mais il y a peircien et peircien : entre la grenouille de bénitier qui fait son pélerinage à la ferme en Pennsylvanie où Peirce est mort et apprend l'oenologie pour faire comme le maître, celui ou celle qui utilise sa phénoménologie ou sa sémiotique pour des besoins de recherche ponctuels, et le frimeur qui dégaine la triade "icone, indice symbole" pour briller en société mais sans avoir lu une page de Peirce, il y a des tas de configurations possibles.

Disons que s'il est aujourd'hui "à la mode" en France, alors qu'il n'a quasiment rien publié de son vivant (du moins rien qui corresponde à ce pour quoi il est connu aujourd'hui, la sémiotique) c'est sans doute lié à une multiplicité de facteurs :

- une pénétration tardive dans les bibliographies francophones : introduit en partie par Umberto eco en 1968 en italien, dans "La structure absente" qui n'a été traduit en français qu'en 1972. Ce n'est qu'en 1978 que Gérard Deledalle publiera au Seuil un ouvrage sélectionnant une série de textes, avec introduction et interprétation de son cru, et surtout traduction. Il s'agit des "Ecrits sur le signe". C'est le livre de référence en France.

- une oeuvre non publiée : Peirce n'a pas publié un seul livre de sémiotique (tout comme Saussure, au passage...), et on doit se contenter d'un corpus de notes manuscrites (par exemple : http://web.clas.ufl.edu/users/jzeman/cspmss/ms145.htm) et de 4 articles de jeunesse. Un travail d'édition critique est toujours en cours aux USA (à l'Indiana university : http://www.iupui.edu/~peirce/index.htm)

- Une terminologie complexe : Peirce appliquait une "morale terminologique" précise, mais parfois déroutante, qui lui imposait d'inventer un mot nouveau et si possible le plus éloigné de tout terme déjà existant pour qualifier tout lien entre concepts qu'il découvrait. D'où une avalanche rébarbative de termes, rébarbatives pour les étudiants qui du coup ont du mal à briller ern société avec des termes comme "pragmaticisme", "trichotomie", phanéroscopie" ou "interprétant final".

- Une langue difficile à traduire : Peirce, qui connaissait par ceour dès 14 ans la Critique de la raison pure dans son texte original, ainsi que tout Aristote dans le texte également, avait pris l'habitude d'écrire l'anglais avec des trournures de phrases inspirées de la syntaxe germanique ou du latin. Un cauchemard pour ses traducteurs...

- Une pensée des processus dynamiques et non des éléments figés et des "fondements" ontologiques : là, c'est au plan conceptuel que Peirce est compliqué à appréhender. D'autant plus que son anticartésianisme ne le préparait pas à une réception enthousiaste en France... ikl préfigure les théories systémiques (Le Moigne, Morin) et leur fournit parfois leurs bases conceptuelles.

- Le discrédit du structuralisme a, à partir des années 80, rendu possible une lecture de Peirce dans divers champs attentifs à la liberté interprétative des sujets, dont l'action vis à vis des "textes" n'est plus considérée comme de simples "actualisations" de ce que le "texte" dit ou impose. Exit Barthes et sa "langue fasciste", adios les saussuriens, et bienvenue chez Peirce. Ceci dit, l'ouverture récente (et la publication) des archives de Saussure change singulièrement la donne idéologique de l'Ecole Française... Saussure était moins saussurien que ses élèves et les notes de cours qu'il ont publié ont donné cette image un peu "raide" de la sémiologie, là où la pensée de Saussure était nettement plus ouverte.

- L'intérêt dans les années 70/80 pour la photographie et divers financements d'études sur ce média ont mis au goût du jour la notion d'indice, et ont permis à la vulgate de Peirce de commencer à s'introduire dans le champ universitaire

Voilà pour les raisons et obstacles à la réception contemporaine de Peirce, du moins celles pour lesquelles j'ai des données à ma disposition.
Les 4 manières décrites par Peirce pour fixer la croyance sont finement observées : la méthode par ténacité, la méthode d'autorité, la méthode a priori (métaphysique).
Mais comment comprendre la primauté accordée à la quatrième ? Est-ce une simple "préférence" rapportée à son utilité ou sa fécondité sociale ?
Ce serait faire de Peirce un pragmatiste pur et dur (à la rorty), ce qu'il n'est sans doute pas.
N'est-elle pas une croyance à mettre en perspective avec les autres, mais une croyance tout de même ?
N'est-ce pas ce qu'admet peirce lui-même : les 3 autres méthodes ont leur supériorité, mais seule la quatrième est digne de la raison (ou : seule
elle permet de mettre un terme au doute de manière perenne, donc seule elle fixerait solidement la coryance ?)
Quel est le critère que retient peirce pour préférer la quatrième voie ?
"la conformité de nos opinions à la réalité" (que seule la méthode scientifique assure)
Autrement dit, on dispose grâce à la méthode scientifique d'un sol sur lequel fonder la croyance, ce qui n'est pas le cas des trois autres méthodes.
On dispose d'un sol, c'est-à-dire de quelque chose sur lequel marcher mais qui ne dépende pas de nos idées :
"Ainsi le réel peut se définir : ce dont les caractères ne dépendent pas de l'idée qu'on peut en avoir."
ajouté à cela : l'idée qu'il y aurait moyen de distinguer une croyance vraie d'une croyance fausse par la méthode scientifique

bon
mais ce "scientisme", cette ardeur pour la vérité, ça fait un peu sourire maintenant vous ne trouvez pas ?
Je veux dire après Quine, Davidson, Austin, Kuhn et consorts, on peut difficilement s'en satisfaire ?
Ou alors est-ce que dans des textes plus tardifs, la position de peirce a évolué ?
Tu cites là l'un des textes de jeunesse de Peirce. Il est vrai que Peirce est fondamentalement un positiviste, c'est à dire qu'il croit que l'accès à la vérité est possible à condition de se mettre à plusieurs et de procéder par essais et erreurs. Pour lui, aucune preuve logique ne peut avoir le statuit d'une preuve empirique, et aucun raisonnement tenu par uin sujet singulier ne peut s'imposer face à un collectif partageant l'information dans un processus nde communication supposé infini (dans le temps). il est fondamentalement anti-cartésien. Dans ce sens, à savoir celui d'une vérité fondée par l'intersubjectivité et la communication, Peirce n'est pas si éloigné qu'il peut paraître des prémisses de la sociologie des sciences.
Comment lisez-vous peirce en fait ? this is my question.
Difficilement... Ca fait des années que je m'y exerce, et plus j'avance, plus je m'éloigne de la sémiotique, mais plus je garde la phénoménologie de Peirce comme fondement possible (et utile, quioique non nécessaire) de la recherche en communication ou en sociologie. J'ai lu Peirce dans le texte, quand c'était possible, mais, j'ai également beaucoup lu ses exégètes. Enfin, il faut avoir une lecture ouverte et non dogmatique de Peirce. S'en faire des images mentales sous forme de schémas est également nécessaire à sa compréhension : il a élaboré une théorie des graphes, ça m'a mis la puce à l'oreille...
Vous gardez ce qui vous intéresse dans la théorie du signe en faisant abstraction de la "prétention" scientifique ?
Surtout pas ! La prétention scientifique, je la partage tout à fait, contre les adeptes de la littérarité de la science ou du relativisme latourien... Je suis positiviste, sans honte ! Mais bon, pas au sens ridicule de la carricature du positivisme par les littéraires, bien entendu.

ha oui :
s'il y a des textes téléchargeables gratos online, en plus de celui cité plus haut, je suis preneur bien sur.. (les bibiothèques par chez moi sont.. humm... pauvres)
Si tu lis l'anglais :

http://www.iupui.edu/~peirce/index.htm
http://www.iupui.edu/~peirce/robin/robin.htm
http://www.peirce.org/
http://peirce.monmouth.edu/~bill/
http://web.clas.ufl.edu/users/jzeman/

Sinon, y'a des trucs de moi sur le web, mais bon, pas spécifiquement sur Peirce, mais l'utilisant. Je peux te filer ça par PM si tu veux.

+A+
drÖne
d'où, chose remarquable, rien ne s'ensuit...
dana
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Message par dana »

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Sinon, y'a des trucs de moi sur le web, mais bon, pas spécifiquement sur Peirce, mais l'utilisant. Je peux te filer ça par PM si tu veux. 
oui oui
merci plein
je vais lire tout ça
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Chaosmose
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Message par Chaosmose »

Je veux bien aussi... en passant...
Cela m'intrigue d'autant plus qu'autant j'ai accroché sur des James et des Dewey, autant Peirce me demeure relativement étranger (effet de problématique sans doute)

Quand à cet énoncé :
drÖne a écrit : Surtout pas ! La prétention scientifique, je la partage tout à fait, contre les adeptes de la littérarité de la science ou du relativisme latourien... Je suis positiviste, sans honte ! Mais bon, pas au sens ridicule de la carricature du positivisme par les littéraires, bien entendu.
Autant je partage ton point de vue sur la facile carricature du positivisme (je m'y adonne parfois avec bonheur dans le cours d'une conversation), autant je ne te suis absolument pas sur la qualification de "relativisme" s'agissant de Latour, tout au moins celui des années 90...

Et voilà pourquoi ROOM101 s'apparente à un tonneau des Danaïdes : je ne parviens pas à y résister dès que j'y jette un oeil...
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drÖne
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Message par drÖne »

Chaosmose a écrit : Autant je partage ton point de vue sur la facile carricature du positivisme (je m'y adonne parfois avec bonheur dans le cours d'une conversation), autant je ne te suis absolument pas sur la qualification de "relativisme" s'agissant de Latour, tout au moins celui des années 90...
Le problème avec Latour - entre autre - c'est qu'il y a plusieurs Latour... Le Latour un peu carricatural et quand même un poil relativiste qui plait tant sur les campus étatsuniens (le Latour de La Science en action, ou celui qui est capable d'écrire des hénauuuurmités sur les moules qui sont des acteurs au même titre que toi ou moi) et le Latour plus "pointu" et subtil qui édite les science studies anglaises des années 80, ou qui écrit Aramis, ou encore celui, proche de la sémiotique (!) qui écrivait avec Paolo Fabri un excellent article sur l'écriture scientifique. Entre les deux, lequel choisir ?

Bon, pas trop le temps de creuser la question tout de suite, mais j'y reviendrai !

+A+
drÖne
d'où, chose remarquable, rien ne s'ensuit...
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