Les ravages de l'alcoolisme chez le lézard réunionnais

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drÖne
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Les ravages de l'alcoolisme chez le lézard réunionnais

Message par drÖne »

Comme toutes les maisons réunionnaises installées à la campagne, la mienne est investie par le margouillat, un gecko diurne qu'on entend crier dès le soir venu : à grands coups de "kékékékéké !" le mâle appelle sa femelle. En fait, les maisons sont envahies par ces sympathiques bestioles qu'on voit courir sur les murs et les plafonds et dont la capacité à s'accrocher partout repose, comme nul ne l'ignore, sur l'exploitation d'une force électrostatique, la force de Van der Waals. Ça vous en bouche un coin.

Pas très futé de nature, le margouillat se laisse tomber au sol quand un humain lui semble dangereux (par exemple quand j'ouvre un volet qui lui servait de support) et reste bêtement immobile pour ne pas se faire repérer. Genre : "si je bouge pas, le monstre à deux pattes ne me verra pas". Ou alors, il fuit tout aussi bêtement en faisant des arrêts incompréhensibles, suivant une logique sans doute dictée par une rationalité perceptive complexe, genre : "si je bouge pas là après avoir couru dix centimètres, le monstre à deux pattes ne me verra pas, c'est sur".

Bon, mais entrons dans le vif du sujet. Comme toutes les maisons réunionnaises, la mienne est régulièrement achalandée en rhum. Et quand une bouteille de rhum est terminée, je la rince soigneusement puis la dépose dans un placard en attendant d'aller la jeter avec ses autres copines dans un container à verre, de façon à lutter contre le cancer. Car, contrairement aux idées reçues sur les rayons et les chimiothérapies, on lutte contre le cancer en cassant du verre dans un bac en plastique : ça m'en a toujours bouché un coin. Et les cancéreux feraient bien de remercier les alcooliques sans qui ils pourraient se brosser pour guérir, non mais.

Mais revenons à nos margouillats. Il y a deux semaines, une odeur de cadavre empestait mon placard : un margouillat s'était égaré (tu parles !) dans une bouteille de rhum visiblement pas assez bien rincée et n'avait pas réussi à trouver le chemin de la sortie. Ou alors, il avait sombré dans l'alcoolisme, et était devenu accro au Rhum "Rivière du Mat". L'hypothèse de l'acoolisme atavique de cette espèce était séduisante, et rejoignait celle, sociologiquement attestée, de l'humain réunionnais qui, s'il ne sait pas exploiter la force de Van Der Waals pour grimper aux murs, a tout de même de sérieux problèmes d'alcoolémie liés à un difficile héritage post-colonial. Ce qui a confirmé mon hypothèse, c'est que la semaine dernière, rebelotte ! Encore un margouillat se vautrant dans la débauche, le stupre, et surtout l'alcoolisme ! Il était encore vivant celui-ci, je voyais son regard aviné à travers le verre de la bouteille. Compatissant, je sors dans la jardin et secoue la bouteille pour l'aider à trouver le chemin de la sortie. Mais non, ce con voulait y rester dans sa débauche alcoolique, il ne voulait pas sortir, il s'accrochait, exploitant vicieusement la force de Van Der Waals qui fonctionne aussi dans les bouteilles de rhum mal rincées.

Finalement, mon obstination a eu raison de la sienne, et il est tombé raide dans le jardin, genre : "Ho putain, le casque, si je ne bouge pas peut être que les deux monstres roses à quatre pattes ne me verront pas"...

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"Patron, une autre avec des cahouettes !"
drÖne
d'où, chose remarquable, rien ne s'ensuit...
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