Ach !
lundi 16 décembre 2019
Site officiel de la Présidictature de Drönésie orientale. Vous pénétrez sur un territoire étroitement surveillé : tout abus sera sévèrement puni.

Privatisations en Drönésie

Par notre envoyé spécial : Le lion Bleuflorophage

Le nouveau corps des Privatiseurs, un corps d’élite récemment créé par notre Présidictateur, ne cesse de faire parler de ses exploits. En très petit nombre pour le moment, les Privatiseurs sont sélectionnés pour une capacité très spéciale que les conseillers veilleurs du Présidictateur ont repérée chez quelques sujets, lors d’expéditions exploratoires dans le quotidien drönésien.

Les heureux élus ont mérité un entraînement intensif destiné à décupler l’efficacité d’un talent naturel rarissime qui s’avère très précieux dans la lutte anti-barbudienne. Ils ont été envoyés sur le champ en territoire barbudien, pour mener en binôme les missions qui leur sont confiées. Les binôme de Privatiseurs sont d’apparence parfaitement ordinaire et peuvent de ce fait se mêler à n’importe quelle foule barbudienne sans se faire remarquer. Ils s’installent rapidement dans des lieux publics, terrasses de café, bancs publics, files de cinéma, coins de rue, en faisant mine de ne rien faire de particulier, au milieu des passants et badauds.

Par de subtiles indices imperceptibles pour la conscience barbudienne, ils signalent peu à peu le lieu comme étant privé. Les passants changent de trottoir sans même s’en rendre compte, les clients des terrasses de café paient leur consommation et s’éloignent, les files de cinéma fondent comme neige au soleil, les bancs se vident sans que personne ne vienne s’installer à la place des précédents occupants. Bientôt, les garçons de café évitent les tables privatisées, ne les rentrent plus le soir, ne s’approchent plus jamais d’elles pendant leur service.

Dans tel cinéma, un film particulier semble ne plus intéresser aucun cinéphile, sans que le personnel ne se préoccupe un seul instant de redresser la situation. Dans les parcs, les passants traversent les allées en jetant un coup d’œil circulaire, un sandwich ou un journal à la main, apparemment en quête d’un endroit où s’asseoir, sans cependant s’approcher jamais des bancs publics devenus mystérieusement inaptes à leur fonction.

Peu à peu, la ville entière fourmille de lieux privatisés qui constituent autant d’obstacles au déroulement normal de la vie publique barbudienne. Chaque parcelle colonisée agit comme un invisible obstacle dans le cours fluide de la vie de rue barbudienne, sans que personne ne tente la moindre initiative, comme si une force mystérieuse empêchait toute possibilité de revendiquer les lieux privatisés pour des usages ordinaires.

Toute la vie publique est rapidement entravée par les milliers de micro-dysfonctionnements générés par les zones privatisées. Les drönésiens eux-mêmes ne comprennent pas très bien la technique des Privatiseurs. Le secret est soigneusement gardé dans les centres de formation des corps d’élite. Seuls sont publiés les résultats des efforts acharnés que déploient ces corps d’élite au service de la Drönésie en lutte.