samedi 19 août 2017
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Insultes, invectives et anathèmes (Petit florilège d’acidité rock’n’rollienne. Monologue éristique)

Posté sur fr.rec.arts.musique.rock à une époque où les dinosaures existaient encore…

A tous et toutes,

Le cocktail molotov et la mine anti-personnel sont, dit-on, les armes des pauvres et des pays sous-développés. De même, l’insulte est l’argument favori des pauvres en esprit. A lire ce forum régulièrement, il semblerait que les cyber-rockers soient particulièrement courts en neurones ces temps-ci. Pourtant, il y a insulte et insulte. Le discours polémique, s’il est mené avec un minimum d’imagination peut révéler des trésors de poésie trash.

Le rock me semble être un haut lieu d’expression de ce type de discours, aussi l’idée m’est venue (faut-il pas s’emmerder les dimanches…) de lancer un débat, ou plutôt un concours-défouloir de citation des plus belles insultes, des plus vibrants anathèmes et des plus salaces invectives que nous pourrions tous trouver dans nos albums préférés.

Rien à gagner, juste du temps à perdre, avec peut-être l’espoir, à la fin, d’avoir constitué un beau catalogue des perles noires de la poésie urbaine.

Puisque je propose l’idée, autant que je lâche ma première trouvaille. Celle-ci remonte au bon vieux temps du french-punk des early 80’s, et de l’un de ses héros. J’ai nommé l’apocalyptique, l’acide, l’emphatique… et le méconnu : Alain Z Kan ! Dans l’album « Parfum de nuit », dans la chanson « Schwartz market », j’ai trouvé ceci que je ne résiste pas à citer longuement pour que, même sans la musique, vous puissiez vous imprégner du contexte (éloignez les âmes sensibles, les puritains et les enfants, svp) :

« Hé toi ! gros pédé, ne ris pas ! regarde ! regarde ta famille innombrable qui s’avance. Ta belle famille de rats ! Prépare ton cul ! Ton frère, ce monstre à l’allure sage que la justice n’a pas encore surpris va enfin t’enculer, salopard ! Déjà tu jouis, l’idée seule de te faire baiser gonfle ta queue répugnante ! Bientôt tu sentiras ses dents te fouiller les intestins. Tu crèveras de douleurs affreuses. « Pas de pitié sans une sorte de conscience appliquée disait Artaud ». Ton frère rat a de la conscience appliquée. Un flux de sang te gonflera la gorge. Alors il te plantera l’embout à poppers dans le nez.

VAS-Y ! SNIFFE ET CREVE ! MORNE PISSOIR ! HANGAR A MERDE ! »

C’est autre chose que NTM, non ? Pas loin du Céline des grands jours ou d’un Burroughs sous LSD. Puisque j’en suis là, quelqu’un sait-il ce qu’est devenu Alain Z Kan après ses deux albums-brûlots ? A-t-il encore déversé ses anathèmes, néologismes et autres barbarismes à la face du monde ? Ou est-il mort devant l’indifférence d’un public d’avance acquis aux anglicismes proprets de la variété-pop-chic à la française ?

Allez ! Au boulot flasques cyber-rockers ! Fouillez vos bacs à la recherche de perles de fiel, et enflammez ce forum avant qu’il ne sombre dans la naphtaline !

Non mais !

[N’ayant reçu nulle réponse satisfaisante, je me répondis ceci :]

A tous et toutes,

Mon petit jeu ne semble guère inspirer les foules. Dimanche apathique pour cyber-rockers neurasthéniques ou incurable incapacité à exprimer autre chose que des lieux communs ? Flemme d’aller fouiller ses bacs ? Difficultés à déchiffrer les paroles sur ces bons vieux vinyls ? Tout espoir n’est pas perdu car voici… le retour de l’insulte, des anathèmes et autres invectives !

M’étant souvenu qu’il existait une vie avant le punk, je suis tombé sur cette perle, sans doute plus connue qu’Alan Z Kan, mais qui vaut tout autant son pesant de cacahuètes emphatiques, tonitruantes et pamphlétaires. Il s’agit de ces proto-punks de MAGMA, dont je tire l’extrait suivant dans l’album Mekanik Destructiv Kommandoh (1973) :

« TERRIEN, race maudite

Si je t’ai convoqué c’est parce que tu le mérites

Ma divine et ô combien cérébrale conscience m’oblige à le faire

Car tu vois

Tes actes perfides et grossiers m’ont fortement déplu

Les sanctions qui te seront infligées

Dépasseront les limites de l’entendement

Car tu as,

Dans ton incommensurable orgueil et ton insondable ignorance

Impunément osé

Me défier

Me provoquer

Et déclencher dans toute son immensité

Ma colère effroyablement destructive

Entraînant inexorablement ton châtiment. »

C’est sûr qu’en intro de concert ça tranchait sur le ton niaiseux de flower-power dominant ces sombres années. Quand je pense que je connaissait ce texte par cœur !

Bon, ceci dit, si je continue à discuter ainsi tout seul, bien qu’appréciant au plus haut point ma compagnie, je vais finir par être à court d’insultes. Vos disques seraient-ils si… propres ? Rock’n’roll platitude…

Gabba gabba hey !

[Désespéré de ne rien lire de croustillant en ce dimanche sinistre, je poursuivais ainsi :]

A tous, à toutes, aux autres,

Continuant l’élaboration d’un musée imaginaire et hautement subjectif des sentences pompeuses, insultes, anathèmes, et autres pamphlets si typiques du rock, voici une courte livraison tirée de MARQUIS DE SADE :

Dans « Final fog » (Rue de Siam, 1981) : « Rejoins les chiens dans le brouillard définitif ! »

Et aussi, toujours du divin Marquis, cette phrase qui me paraît d’une actualité brûlante :

Dans « Conrad Veidt » (Dantzig Twist, 1979) : « L’Europe désire l’euthanasie ! »

J’attends toujours vos copies. Si vous ne trouvez rien, changez donc de disquaire, ou brûlez vos idoles…

[Finalement pris à mon propre jeu, je rajoutais :]

A tous, à toutes, aux autres,

Vous espériez en être débarrassé ? Raté ! Car c’est le retour du Contempteur ! Exhumant de mes bacs à vinyls usagés de sombres éructations, je continuerai à meubler ce NG d’invectives jusqu’à ce que vous m’introduisiez dans votre kill-file préféré. Ou que je me lasse d’une aussi vaine occupation…

Voici donc de bien belles invectives qui permettront de compléter mon musée imaginaire et éphémère de la sub-culture rock’n’rollienne. Here we go ?

Trouvé dans « Wash it all off » de FOETUS (You’ve got a foetus on your breath, 1983) :

« Why kill time when you can kill yourself ? » En effet…

Plus récemment, trouvé ce pamphlet anti-rockers-plagieurs écrit par ces allumés de PRIMUS :

Dans « Year of the parrot » (PRIMUS, Tales from the puchbowl, 1995) :

« In the year of our lord

Call it 1994

A fine vintage of mimicry

There are those that take their sound

Frome someone else’s toil

Liking to parrots you see

I’ve seen the likes of Kate Bush

And Van Morrison

Teaching the parrots to sing

Take a Zeppelin riff

And you alter it a bit

You make lots of money

It’s called plagiarism

You want some of that cheese

Just take a big ol’ bite

Careful not to choke on it please

Now here we go

It’s called plagiarism »

Où quand le rock se critique lui-même en faisant référence à ses propres pratiques clichetonnantes mais rémunératrices. Merci à PRIMUS de ne ressembler qu’à PRIMUS (encore que je soupçonne chez eux un second degré assez pervers puisqu’ils puisent explicitement leur inspiration chez les Residents et Zappa). Le comble de la mise en abîme !

Donc le pamphlet-rock ne se confond pas toujours avec la simple insulte. A la prochaine pour de nouvelles aventures au sein de la trash culture.

One of us !

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