samedi 16 décembre 2017
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Le Synstruggle

Cette année encore le présidictateur triomphe au Synstruggle

Par notre envoyé spécial : Le Lion Bleuflorophage

La célèbre journée du Synstruggle vient de s’achever avec succès. Le Synstruggle est une coutume drönésienne que bien des pays soi-disant démocratiques devraient nous envier. Elle oppose en combat singulier le présidictateur avec quiconque souhaite prendre le pouvoir en Drönésie par ce procédé, lequel tente régulièrement l’ennemi trompé par l’illusoire simplicité de l’épreuve. Au jour J, l’Ennemi (qui est invariablement un Barbudo), est reçu au Palais avec les meilleurs égards. Le Présidictateur prend place en face de son adversaire, au centre du Stadational. Les deux hommes se posent des questions à tour de rôle et le premier qui répond “ni oui ni non ” à bon escient est déclaré vainqueur.

Les candidats envoient un dossier complet au Palais Présidicatorial avant la date limite, fixée à trente jours avant le Synstruggle. Quarante-sept spécialistes de la sémiotique du “oui” débattent des jours et des nuits avec quarante-sept spécialistes de la narratologie du “non” pour étudier les arguments des candidats et retiennent les plus motivés. Si grande est la confiance des fonctionnaires drönésiens envers leur chef que loin de sélectionner les dossiers les plus faibles pour laisser les meilleures chances au Présidictateur, ils s’évertuent au contraire à rechercher les candidats les plus belliqueux et les plus expérimentés afin que la victoire finale n’en soit que plus éclatante pour le Prédidictateur et toute la Drönésie.

L’épreuve est fort difficile et la plupart du temps, l’ennemi ne cesse de se ridiculiser en lançant le célèbre “ni oui ni non” totalement hors de propos, ce qui ne tarde pas à déclencher l’hilarité dans le stade et condamne irrémédiablement le vaincu à la peine capitale. Ce dernier est enfermé dans une cellule plongée dans l’obscurité, et attaché face à de puissants hauts-parleurs. Il écoute jour et nuit l’intégrale des enregistrements du séminaire de psychanalyse de Jacques Lacan, ce qui ne manque jamais de tuer d’ennui même les esprits les plus résistants.

Le présidictateur quant à lui prend toujours soin de préparer soigneusement l’épreuve et quand enfin il prononce le “ni oui ni non”, un murmure admiratif s’élève immanquablement des gradins. Aujourd’hui 19 mai 2000, la scène désormais familière s’est reproduite pour la plus grande joie des drönésiens, tous amateurs avertis du Synstruggle. Le présidictateur a prononcé le “ni oui non non” à la dixième minute de la rencontre, au moment où son adversaire, déstabilisé par les éclats de rire qui avaient succédé à une réponse hâtive et inopportune, lui posait une question comportant une double interrogation négative. Les afficionados ont immédiatement anticipé la légère nuance de triomphe anticipé qui a caractérisé l’expression du présidictateur au moment où il allait répondre, applaudissant à tout rompre une fraction de seconde avant que la célèbre réplique ne vienne conclure l’échange sous un déluge d’ovations.

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