mercredi 22 novembre 2017
Site officiel de la Présidictature de Drönésie orientale. Vous pénétrez sur un territoire étroitement surveillé : tout abus sera sévèrement puni.

Naissance d’une discipline

Naissance d’une discipline scientifique : l’interrogologie

Par notre envoyé spécial : Le Lion Bleuflorophage

Le Ministère de la Défense de la Dronésie Orientale, dont le champ de compétences intègre pour plus d’efficacité et de cohérence la Culture, l’Education nationale et la Recherche, crée par décret la septième section de l’Institut de Recherche Dronésienne, unique au monde : l’interrogologie.

L’interrogologie est une interdiscipline, qui traite du questionnement en général, hiérarchise et ordonne les différents types de questionnements, théoriques et appliqués, les analyse, et tente de maîtriser les conditions de leur reproductibilité sinon de leur résolution. C’est pourquoi on trouvera aussi bien des spécialistes de la question appliquée aux ennemis capturés par nos soins, que des logiciens attachés à répertorier et catégoriser les types de questions possibles et impossibles.

Nos concitoyens seront heureusement surpris d’apprendre qu’une des actions-phare du Ministère de la Défense pour promouvoir l’interrogologie a été le lancement d’une recherche artistique. Cette recherche à la fois fondamentale et appliquée vise secondairement la production d’une plus grande contemporanéité, donc d’une plus grande valeur marchande, de notre art Dronésien. Le ministère affirme par là-même son attachement profond à la dimension spirituelle et poétique de la société dronésienne, sans cependant renoncer à son souci de saine gestion des intérêts de la Nation.

Les plus grands spécialistes en interrogologie ont commencé par explorer, dans les pays limitrophes de la Drönésie, l’ensemble des discours circulant sur n’importe quels sujets pour repérer les foyers de questions les plus actifs et les plus fructueux. L’analyse lexicale de mille trois cent quinze sites a révélé l’art contemporain comme terrain d’expérimentation particulièrement intéressant : l’aptitude à interroger y est en effet non seulement valorisée au plan symbolique, mais aussi au plan financier.

La valeur marchande des œuvres répertoriées semble pouvoir être corrélée avec le ratio QM/QI, soit le rapport entre le terme “interrog.” ou ses dérivés sémantiques, et le nombre de mots se rapportant à l’œuvre, à condition que celle-ci appartienne au sous-champ dit “de l’art contemporain” ; dans l’ensemble du champ artistique, le terme “interrog.” est en effet très sélectivement présent dans le sous-champ caractérisé par le syntagme “art contemporain”, qui doit donc être repérable dans l’accompagnement discursif de l’œuvre elle-même soit dans celui des institutions dans lesquelles elle est disponible à l’observation.

Le ministère a donc mandaté avec diligence une recherche sur le phénomène. Les retombées attendues en termes de valorisation de la recherche sont explicitées dans le rapport 4F-0tg de la mission ministérielle sur l’interrogologie (sous-secteur production artistique). Au terme du premier mois de recherche, les premières conclusions sont déjà acquises, et nous en présentons ici un compte-rendu aussi bref que suggestif, à l’appui du premier train de mesures pour la valorisation des retombées en matière de production artistique dronésienne, dont se réjouiront tous nos jeunes créateurs.

Une recension de ce que l’art contemporain interroge a été effectuée à partir des notices accompagnant les œuvres, et les résultats classés en catégories thématiques. Le détail des modalités de catégorisation figure dans les annexes du rapport 6u0-j de la mission ministérielle de l’interrogologie.

Les œuvres interrogent majoritairement “la société” et “nos comportements”. Sont ensuite interrogés “le rapport à l’art”, “le rapport à la modernité”, puis “le rapport à la consommation”, “le rapport à la nature”. Sept cent trente œuvres interrogent “le quotidien”, cinq cent “nos rapport à l’autre”. Les œuvres d’art contemporain interrogent au total trente cinq objets. Il a ensuite été opéré une analyse statistique minutieuse des relations éventuelles entre l’objet interrogé par l’œuvre et les caractéristiques de celles-ci.

Il apparaît de façon manifeste que pour les œuvres peintes, sculptées, photographiées et filmées, le sujet est en lien direct avec l’objet interrogé. Par exemple, les œuvres représentant une girafe, un arbre, un paysage, interrogent le rapport à la nature. Les œuvres représentant des êtres humains interrogent la représentation de l’homme ou le portrait, les œuvres représentant des scènes licencieuses interrogent le sexe. Plus largement, des œuvres ressemblant à des productions industrielles interrogent la production industrielle, des œuvres ressemblant à des environnements scientifiques interrogent le rapport à la science, et ainsi de suite.

Ont ensuite été analysées les caractéristiques stylistiques de l’œuvre et leur lien à l’objet interrogé. Les tests de corélation ne donnent pas de résultats directement probants à ce stade, mais une analyse plus fine permet de repérer, qualitativement, des liens qu’il conviendra de vérifier par la suite. Ainsi une œuvre peinte hâtivement de façon brouillonne interroge la valeur de la technique dans la pratique artistique. Mais inversement, une copie méticuleuse d’une œuvre du XVIIIème siècle interroge pareillement la virtuosité dans l’art classique. De même, un portrait comportant de nombreuses altérations dans les caractéristiques anatomiques de la personne représentée interroge la représentation du sujet. Un portrait soigneusement exécuté pourra de même interroger la représentation du sujet, “au second degré” selon certains commentaires oralisés d’informateurs sollicités dans le cadre de cette recherche. Une œuvre reproduisant tout ou partie d’une autre œuvre pré-existante interroge le statut d’auteur. Fait intéresant dans la perspective de la valorisation artistique dronésienne, pourvu que cette interrogation apparaisse explicitement dans son commentaire, elle soustrait l’artiste à toute menace de poursuite juridique de la part de l’auteur de l’œuvre reproduite.

Au terme de cette étude, nous pouvons avec l’assurance d’une relative prédictibilité, faire l’hypothèse sérieuse que l’on peut optimiser la production de contemporanéité de l’art en maîtrisant à rebours les caractéristiques qui la font appartenir au champ de l’art contemporain de type interrologique. Il convient ainsi de faire systématiquement mention dans le cartel de l’œuvre partout où elle est exposée ou reproduite, outre ses dimensions, sa date d’exécution, son auteur, son titre (facultatif), de la présence d’une interrogation ainsi posée comme caractéristique de l’œuvre. Les premiers ateliers d’art expérimental interrologique dronésien travaillent sur cette base et produiront leurs premiers prototypes prochainement. Une brochette de talentueux jeunes artistes démarre déjà une production de peintures et sculptures d’animaux de styles variés, qui interrogeront le rapport à la nature, interrogation fortement soutenue en Dronésie Orientale, et qui devrait donc rencontrer l’adhésion des masses Dronésiennes en attendant que des sujets plus diversifiés permettent d’envisager l’exportation. Ces oeuvres seront disponibles à la vente dans le mois qui vient sur le site du Ministère de la Défense, Recherche, Education et Culture. Nos compatriotes seront fortement incités à profiter des offres exceptionnelles qui leur seront soumises personnellement, notamment à l’occasion des fêtes des Cadeaux de Noël.

Laissez un commentaire