dimanche 23 juillet 2017
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Soit X = Y (Comment utiliser la logique pour différencier le rock de la techno. Dialogue)

Posté sur rec.fr.arts.rock à une époque indéterminée quoique fort ancienne…

C. écrivait :

> Je me demande ce que vous pensez de Bjork : à votre avis c’est du trip-hop ou du rock ?

> Je vous vois venir : il y en a un qui va me dire : on s’en fout! Ben moi non, car je suis en train de catégoriser ma collection de cd, qui devient trop importante pour l’ordre alphabétique ! Et bjork est en indé à la fnac, pourquoi ils l’ont pas mis en trip hop, je ne vois pas grand chose de rock dans la démarche de l’artiste…

Dröne répondit :

Ta question m’intéresse au plus haut point car il s’agit d’un problème de catégorisation, qui a une importance philosophique indéniable. J’y ai partiellement (ô combien partiellement !) répondu dans un post. Je te recopie ici le texte concerné, qui renvoyait à la sempiternelle question de savoir comment différencier rock et techno :

C’est, encore et toujours, le même problème de catégorisation. Toujours la même question, en somme, qui se résume à « il existe X tel que X est P » (où P = propriété, et X n’importe quel truc. En vrac : X = l’art, l’amour, la vérité, le rock ou la techno). Autrement dit, la question est d’abord une question de catégorisation qui impose de se demander « qu’est-ce que classer ? ». Autant dire qu’on est pas sorti de l’auberge.

Sans aller trop loin, je ne crois pas qu’on puisse résoudre le « problème » de la définition de la techno (en est-ce vraiment un ?) en utilisant la notion de support technique : le rock, aussi, fait appel à l’electronique, de même que certaines formes de jazz ou de musique contemporaine. Le débat reste ouvert…

Ton problème a donc une forme logique, celle de l’attribution d’une propriété à un élément pris dans un ensemble (un corpus de CD). Mais il a aussi une forme pragmatique : tu ne cherches pas à résoudre un pb philosophique qui terrorise la philosophie depuis Platon, Kant et Peirce, et qu’on retrouve dans le dernier livre d’Umberto Eco (c’est dire si c’est simple…). Tu cherches seulement à organiser ta CDthèque.

Tout est donc question de critères que tu dois déterminer a priori.

1. Si pour toi, rock = attitude rebelle, subversion, etc, alors demande toi depuis quand Bjork ne dérange plus personne.

2. Si pour toi, rock = basse + batterie + guitare + chant, alors tu es mal barrée car il existe du trip-hop joué instrumentalement, et certains groupes se définissent comme « rock » alors qu’ils utilisent des samplers et des boîtes à rythmes. C’est tout le problème de la définition d’un genre (cf. Platon et toute la philosophie occidentale, jusqu’à la narratologie), catégorie idéal-typique (cf. Max Weber) devant rendre compte d’une diversité… bien embêtante.

3. Si tu étais sociologue, tu pourrais te demander quelles sont les caractéristiques du public de Bjork, celles du public de Massive Attack, les comparer, puis comparer les origines socio-culturelles des musiciens de Bjork et de celles des musiciens de Massive Attack. Mais tu n’aurais ainsi catégorisé que 2 groupes, considérés comme typiques d’un ensemble incroyablement plus varié. Tu aurais, de plus, de quoi faire une thèse de sociologie, et quelques années de travail devant toi. Pour 2 groupes. Est-ce bien raisonnable ?

4. Tu pourrais fonctionner de manière « généalogique » : d’où vient Bjork (musicalement parlant), d’où viennent les gens de Massive Attack (musicalement parlant), etc. Mais tu retomberais, inévitablement, au point 2, car tu chercherais alors dans l’histoire respective de styles musicaux des réponses à une question mal posée, faute d’une théorie de la catégorisation adéquate.

Bon je continue, ou l’ordre alphabétique te semble brusquement plus rassurant ?

Ciao !


DRÖNE
Kant, ou l’ornithorynque ?

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